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11 janvier 2017 3 11 /01 /janvier /2017 13:01
A propos de la mort de Denko ou le parcours du combattant

Alors que la France est confrontée depuis quelques années à l’arrivée sur son territoire de mineurs isolés étrangers (MIE), la prolifération de discours sécuritaires, voire xénophobes, «affolant» l’opinion publique, provoque un climat de suspicion généralisée à l’encontre de ces jeunes dont le droit fondamental le plus élémentaire est celui d’obtenir une protection de la part des autorités (article 20 de la Convention relative aux droits de l’enfant - CIDE -).

Le climat de suspicion entretenu à l’encontre des MIE est au demeurant fondé sur des considérations totalement fantasmatiques. Dans ce contexte inquiétant, le Défenseur des droits, par une décision du 19 décembre 2012, avait déjà fait part de ses préoccupations, en ce qui concerne l’accueil, l’évaluation et l’accompagnement des MIE, formulant 15 recommandations à l’attention de la garde des sceaux.

Il existe trois critères pour qu’un jeune soit qualifié de MIE : c’est une personne mineure, incapable juridiquement, autrement dit un «enfant» au sens de l’article 1er de la CIDE, c’est une personne isolée donc vulnérable du fait de l’absence ou de l’éloignement de ses représentants légaux et c’est accessoirement un étranger ne disposant pas des avantages propres aux nationaux.

Le parcours du combattant

Selon RESF, Denko Sissoko était arrivé en France en octobre 2016, après un voyage long et périlleux en partance du Mali en passant par la Libye et l’Italie ; il aimait rire, bavarder, écouter de la musique africaine. Il a attendu 1 an et demi en Italie de réunir l’argent nécessaire pour rejoindre la France.

Selon le procureur de la République, Denko est né le 2 mars 2000 au Mali. Il s’est présenté en France, au commissariat de Reims, le 3 novembre 2016. Il a fourni un acte de naissance malien attestant de cette identité.

«Les policiers appellent le conseil départemental. Le jeune homme sera accueilli en urgence au foyer d’enfance de Reims». Le décret d’application du Code de l’Action Sociale et des Familles du 24 juin 2016 prévoit que : «Le président du conseil départemental du lieu où se trouve une personne se déclarant mineure et privée temporairement ou définitivement de la protection de sa famille met en place un accueil provisoire d’urgence d’une durée de cinq jours, à compter du premier jour de sa prise en charge, selon les conditions prévues aux deuxième et quatrième alinéas de l’article L. 223-2.». Il est prévu, en vertu du décret du 24 juin 2016 : «Au cours de la période d’accueil provisoire d’urgence, le président du conseil départemental procède aux investigations nécessaires en vue d’évaluer la situation de cette personne au regard notamment de ses déclarations sur son identité, son âge, sa famille d’origine, sa nationalité et son état d’isolement.» Cet accueil provisoire est financé par l’Etat sur la base d’un montant forfaitaire de 250 euros par jeune et par jour. Il s’agit là d’une répartition des coûts générés par l’accueil des mineurs isolés étrangers entre l’Etat et les administrations locales.

«…puis transféré au foyer Bellevue de Châlons-en-Champagne. Le 22 novembre 2016, dix-neuf jours après son arrivée, il est orienté vers le Service d’accompagnement des mineurs isolés étrangers». L’évaluation de la situation de l’intéressé n’a pas abouti dans le délai de l’accueil provisoire (5 jours) : le Procureur de la République doit alors prononcer une Ordonnance de placement provisoire (OPP) afin d’assurer une protection à l’intéressé le temps nécessaire à la poursuite des investigations aux fins d’établissement de sa situation. Une saisine du Juge des Enfants par le Procureur de la République doit intervenir dans un délai de 8 jours. On passe d’une protection administrative à une protection judiciaire provisoire par le Procureur de la République sur le fondement de l’article 375-5 du Code Civil.

«Le protocole national a été respecté. Afin de savoir s’il doit bien prendre en charge ce mineur, le conseil départemental réalise une évaluation non médicale, sur la base d’entretiens. Au cours d’un entretien, apparaît un doute sur son identité réelle et sur sa minorité. Celui-ci conduit le conseil départemental à indiquer au jeune garçon, le 21 décembre, que, sur la base des entretiens, ils pensent qu’il n’est possiblement pas mineur, mais majeur. Ils lui annoncent qu’ils vont transférer ses papiers à la Police aux frontières (PAF) pour une étude sur l’authenticité des documents. Ce sont des procédures courantes, qui concernent tous les mineurs». Le décret du 24 juin 2016 ne précise pas les modalités quant à la poursuite d’investigation au-delà de l’OPP du parquet. Désormais, en son annexe 4 relative aux conditions de saisine du préfet aux fins de vérification des documents présentés à l’appui des demandes de prise en charge, la circulaire interministérielle du 25 janvier 2016 prévoit que : «En cas de doute sur l’âge de l’intéressé, la saisine rapide des services de l’Etat par les Conseils départementaux dans la période des 5 premiers jours de mise à l’abri permettra de procéder à une évaluation de la minorité dans les meilleurs délais. Les réponses aux demandes devront être apportées dans les délais les plus brefs, avec pour objectif de s’inscrire dans ce délai de cinq jours, prolongé le cas échéant par une ordonnance de placement provisoire de huit jours. Afin de contribuer à cette évaluation, les préfectures de département, saisies par le conseil départemental, apporteront, par la mobilisation des compétences des services de l’Etat, une expertise en matière de fraude documentaire.». Selon le procureur, l’enquête était toujours en cours.

Apparemment, le test osseux (appelé dans les textes expertise médico-légale), contesté par le Défenseur des droits, ne lui a pas été appliqué.

 

Tout ce parcours pour mourir à Châlons-en-Champagne

Le 6 janvier 2017, Denko a été retrouvé mort sur le bitume devant le foyer. Selon RESF, «Ses camarades sont formels : Denko n’était pas malade, ni drogué, ni fou. Son geste n’est pas celui d’un dépressif. Ce n’était pas non plus un criminel, ni un malfrat, il n’avait rien à se reprocher. Il s’est jeté du 8ème parce que, comme un jeune de 16 ans, moralement très structuré et qui a, en outre, assimilé l’impératif et la mission de réussir en France, il n’aurait pas supporté l’idée humiliante qu’on vienne l’arrêter et le mettre en prison.»

«Il a encore attendu 2 mois et demi à Châlons dans les services de la protection de l’enfance qu’on l’évalue puis qu’on lui signifie que sa minorité n’était pas reconnue et qu’il ne serait pas pris en charge. Il l’avait appris la veille. Ne sachant pas où aller, il n’aurait pas voulu quitter le foyer. Dans ces cas-là, la police est sollicitée…». Ce que conteste le procureur.

Sur le fonctionnement du Samie

Le Service d’accompagnement des mineurs isolés étrangers (Samie) a été créé par le Conseil Départemental de la Marne en 2015. Sa gestion a été confiée à une association habilitée. Quelle est sa mission ? On n’en sait rien (les missions varient d’un Samie à l’autre, dans les départements où ils existent). Il a reçu environ 400 mineurs en 2016. Tout ce qu’on sait, c’est que pour accueillir 73 jeunes, il n’y avait que 4 éducateurs pour s’en occuper jusque 18 h et seulement les jours ouvrés (donc pas le week-end) et pas de veilleurs de nuit. Seul un gardien pour l’ensemble du foyer de 8 étages qui accueillent au total 192 personnes. Est-ce cela l’aide sociale à l’enfance ?

 

Vu qu’il n’existe aucun chiffre fiable sur le nombre de mineurs isolés étrangers, ils sont estimés à 8 000, dont 3 000 pour le seul département de Mayotte. Une goutte d’eau lorsqu’on sait que 288 300 jeunes (chiffres 2012) dépendent de l’aide sociale à l’enfance (ASE) dont le financement revient aux conseils départementaux. L’Etat se dédouane de ses responsabilités, au nom de la lutte contre l’immigration clandestine, les conseils départementaux trient et rejettent par souci d’économies budgétaires. Denko est une nouvelle victime d’un système absurde.

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10 janvier 2017 2 10 /01 /janvier /2017 12:25
Mort d’un mineur isolé malien à Châlons-en-Champagne

Le 6 janvier 2017, Denko Sissoko, un jeune Malien de 16 ans, accueilli au foyer Bellevue, qui prend en charge les mineurs étrangers isolés à Châlons-en-Champagne, a été retrouvé mort sur le bitume devant le foyer. Dans quelles conditions est-il mort ?

Denko, en France depuis novembre 2016, était accueilli, comme 72 autres mineurs isolés, par le service d’accueil des mineurs isolés étrangers (SAMIE), dépendant du Conseil départemental de la Marne, SAMIE dont on ne sait rien... Seulement 4 éducateurs pour s’en occuper jusque 18 h et seulement les jours ouvrés (donc pas le week-end) et pas de veilleurs de nuit. Seul un gardien pour l’ensemble du foyer de 8 étages. Est-ce cela l’aide sociale à l’enfance ?

Une marche silencieuse organisée par RESF partira du conseil départemental rue Carnot à 15 heures mercredi 11 janvier.

Ecoutez le témoignage d’une éducatrice élue du personnel de l’association chargée de faire fonctionner ce SAMI.

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20 novembre 2016 7 20 /11 /novembre /2016 12:35
CAO de Laon

CAO de Laon

Dans le cadre du démantèlement du campement de la Lande de Calais, quatre centres d’accueil et d’orientation (CAO) ont été créés dans l’Aisne. Un de des centres est situés à Laon, où l’Afpa a mis à disposition des chambres permettant d’accueillir quarante personnes dont des familles.

Mais apparemment, tout n’est pas aussi beau qu’on voudrait nous le faire croire. Un mouvement de protestation s’est fait jour parmi les migrants hier après-midi, avec un peu de désordre à la clé. Comme il fallait un (ou des) coupable(s), un jeune migrant été interpellé par les services de police puis placé en garde à vue pour des “menaces physiques proférées contre une éducatrice”.

Affaire à suivre.

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4 novembre 2016 5 04 /11 /novembre /2016 10:33
Châlons-en-Champagne début npvembre 2016

Châlons-en-Champagne début npvembre 2016

Près des antennes du Pôle social de la Croix Rouge de Reims et de Châlons-en-Champagne, boulevard Jules-Guesde à Troyes, des tentes ont surgi. Qui sont-ils et pourquoi ?

Dans ces tentes, on trouve des familles venues des 4 coins du monde. Ce sont des demandeurs et demandeuses d’asile. Mais ce n’est que la partie visible de l’iceberg. Les personnes seules sont moins visibles, mais elles dorment aussi dans la rue… De petites jungles potentielles, au moment où le démantèlement des camps de Calais et de Paris font la une…    

Pourquoi ces demandeurs et demandeuses d’asile sont-elles à la rue ? Dans un premier temps, elles doivent se présenter auprès d’une association chargée du pré-accueil (la Croix-Rouge à Châlons par l’intermédiaire de la PIADA - plateforme d’information et d’accueil des demandeurs d’asile -), pour les 4 départements de Champagne Ardenne, qui prend rendez-vous au guichet unique d’accueil des demandeurs d’asile de la préfecture de Châlons-en-Champagne, fermé 2 après-midi par semaine, pour obtenir un nouveau rendez-vous pour obtenir le fameux dossier de demande d’asile et un récépissé de demande d’admission au séjour (valable 1 mois dans un premier temps). Le temps moyen pour obtenir ces fameux sésames est actuellement d’environ 3 mois…

Sans ces fameux sésames, pas d’hébergement possible dans un CADA (Centre d’accueil des demandeurs d’asile) ou dans un HUDA (Hébergement d’urgence des demandeurs d’asile) ou dans un centre d’hébergement d’urgence (CHRS) pour lesquels il faut passer par le 115… Donc pendant cette période, presque impossible d’avoir un lieu pour se loger.

Mais la galère n’est pas finie. Ce n’est pas parce que vous avez obtenu le dossier de demande d’asile (qu’il faut remplir en français dans un délai de 21 jours) que les demandeurs et demandeuses d’asile obtiennent le récépissé de demande d’admission au séjour. Celles et ceux qui proviennent de pays sûrs (liste définie par l’OFPRA (Office français de protection des réfugiés et apatrides) peuvent déposer leur dossier de demande d’asile qui sera examinée en procédure d’urgence (3 semaines environ), mais le séjour est refusé…

Pour les autres, un lieu d’hébergement peut leur être fourni immédiatement, mais le plus souvent, c’est au bout au moment du renouvellement la demande d’admission au séjour.

D’où une présence visible ou invisible de ces demandeurs et demandeuses d’asile dans la rue…

Troyes début novembre 2016

Troyes début novembre 2016

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3 novembre 2016 4 03 /11 /novembre /2016 14:58
20 MIE arrivés à Saint-Dizier

Des 1 600 mineurs isolés encore présents la "jungle", vingt jeunes réfugiés sont arrivés hier soir en Haute-Marne, à Saint-Dizier. Ces mineurs n'ont pas choisi leur destination, mais pouvaient décider avec qui ils voulaient voyager et s'installer.

Ils sont accueillis au centre d'accueil et d'orientation géré par l'association Relais 52 où seize migrants en provenance de Calais sont hébergés depuis la semaine dernière.

Problèmes :

  • Sur le fond reste le fait que ce déplacement de mineurs se fait en dehors de tout cadre légal, tout comme l’était leur hébergement dans le camp de containers et comme le sera celui dans les Centres d’Accueil et d’Orientation pour Mineurs Étrangers Isolés (CAOMIEs) où ils ont été conduits. Le tribunal de grande instance de Boulogne-sur-Mer a été saisi, et l’audience a lieu ce jeudi à 9h30.
  • En principe, un CAOMIE est un dispositif national qui accueille les mineurs isolés étrangers demandeurs d’asile, filles ou garçons, âgés de plus de 15 ans, confiés à l’Aide sociale à l’enfance (ASE) par décision judiciaire ou administrative de tous les départements français.
  • Ces CAOMIEs ont été créés pour l’occasion hors du cadre légal de la protection de l’enfance. Ce dispositif méconnaît les dispositions de l’article L 226-3 du code de l’action sociale et des familles, telles que modifiées par la loi du 14 mars 2016, aux termes desquelles «Le président du conseil départemental est chargé du recueil, du traitement et de l’évaluation, à tout moment et quelle qu’en soit l’origine, des informations préoccupantes relatives aux mineurs en danger ou qui risquent de l’être», étant précisé au surplus que «L’évaluation de la situation d’un mineur à partir d’une information préoccupante est réalisée par une équipe pluridisciplinaire de professionnels identifiés et formés à cet effet.»
  • Selon la charte de fonctionnement des CAO, élaborée conjointement par le ministère de l’intérieur et celui du logement et de l’habitat durable de juillet 2016, suite à une circulaire commune en date du 29 juin 2016,  “Les centres de mise à l’abri dénommés  «centres d’accueil et d’orientation» (CAO) destinés en premier lieu à accueillir des personnes orientées depuis le campement constitué autour du centre d’accueil de jour Jules FERRY de Calais ont été créés, par instruction interministérielle du 9 novembre 2015, complétée par les instructions du 7 décembre 2015 et du 29 juin 2016. Ce dispositif est désormais étendu aux migrants évacués des campements démantelés en région Ile de France dont le nombre s’est considérablement accru depuis le début de l’année 2016. (…) Les CAO ne sont pas des dispositifs adaptés pour l’accueil et la prise en charge des mineurs non accompagnés (MNA). Dans le but d’éviter toute orientation vers ces structures, qui ne correspondent pas aux standards de la protection de l’enfance pour les MNA et dont ce n’est pas la vocation, une phase d’évaluation doit être opérée autant que possible en amont du départ pour déterminer la situation du mineur. Dans les cas d’isolement avérés, une information préoccupante doit être transmise au Département pour orienter le mineur vers les services de protection de l’enfance. A titre préventif, et afin d’anticiper les cas où un MNA arriverait néanmoins de manière exceptionnelle en CAO une coordination entre les gestionnaires des CAO et les services de la protection de l’enfance doit être prévue pour garantir une orientation et une prise en charge spécifique pour tout MNA”.

Dans cette charte est prévue l’emploi d’un ETP comme veilleur de nuit et un ETP pour 50 personnes. Or, pour les mineurs isolés étrangers (MIE) ou mineurs non accompagnés (MNA) selon l’appellation, le taux d’encadrement doit être plus important. "Les migrants mineurs bénéficieront d'une prise en charge plus importante que les majeurs, précise la préfète de Haute-Marne. Il y aura plus d'éducateurs autour d'eux. Des cours de français leur seront aussi dispensés."

  • Une grande partie de ces MIE ont de la famille en Grande Bretagne. Ils devraient bénéficier de la procédure normale de réunification familiale Dublin III. Il faut savoir que cette procédure n’était appliquée qu’à Calais où étaient présents des représentants du Home Office chargés de l’étude des dossiers, ce qui explique le nombre important de mineurs. Mais cette procédure a été remplacée par une procédure Ad Hoc accélérée après l'annonce du démantèlement. Seuls 300 mineurs en auraient profité.  

Sachant que le tri en adultes et mineurs lors du démantèlement s’est fait au faciès, certains mineurs se sont retrouvés dans la première vague de transferts vers les CAO, certains ayant été finalement placés dans des CAOMIEs. Il faut savoir que la moitié de ceux placés en Charente-Maritime et Meurthe et Moselle ont déjà fuit ceux-ci. Pour ceux qui viennent d’être transféré dans les CAOMIEs, combien vont être réellement reconnus comme mineurs ? Même s’ils étaient accompagnés de représentants du Home Office (2 par bus), la procédure Dublin III va-t-elle continuer à être appliquée, que le dossier ait déjà été constitué ou non ?

S’ils ne bénéficient pas de la procédure de réunification familiale, seront-ils confiés à l’ASE, sachant que celle-ci dépend du département ?

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26 octobre 2016 3 26 /10 /octobre /2016 13:23
Migrants de Calais : où en est-on ?

Les Soudanais et les Afghans arrivés hier à Reims, tous hommes et jeunes, seront ensuite répartis dans des logements loués à des bailleurs sociaux, 19 à Reims même, une dizaine à Tinqueux, dans la banlieue rémoise. Ils y resteront le temps que soient examinées leurs demandes d’asile. Au plus vite, la réponse peut arriver dans les sept mois. «D’ici là, ils apprendront le français, subiront des examens de santé, plongeront dans un bain culturel pour les familiariser avec leur nouvelle vie, leur nouvelle ville».

118 seront installés dans les quatre centres d’accueil et d’orientation (CAO) de l’Aisne (Laon, Merval, Essômes-sur-Marne, Crouy), 85 au maximum dans les quatre CAO de la Marne (Reims donc, Châlons, Sézanne et Sainte-Ménehould) et 91 sur deux sites à Charleville-Mézières et Rimogne.

Selon les chiffres donnés hier soir par la préfecture de la région Grand Est, étaient arrivées dans les Ardennes 29 personnes, dans l’Aube 33 personnes, dans la Marne 46 personnes et en Haute-Marne 39 personnes

Ici et là, les maires accueillent la nouvelle avec des nuances. Le premier, Boris Ravignon (LR) ne décolère pas contre une décision qui «bafoue l’expression claire des représentants de la ville» qui avaient refusé d’accueillir des migrants. Pragmatique, le jeune maire de Rimogne, Grégory Truong, a pris soin de prévenir ses concitoyens que l’accueil d’une trentaine de migrants «ne leur coûtera rien» et que le fonctionnement du CAO n’excédera pas avril 2017. «Nous sommes un centre complémentaire pour désengorger Charleville, le cas échéant. Mais au train où vont les choses, il m’étonnerait qu’il en vienne autant

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25 octobre 2016 2 25 /10 /octobre /2016 09:09
"Jungle" de Calais : les premiers réfugiés accueillis dans la région

Dans le cadre du démantèlement du campement de la Lande de Calais, chaque préfet a développé les capacités d’accueil sur le territoire de son département.

Dans l’Aisne, quatre centres d’accueil et d’orientation (CAO) ont été créés. Le département de l’Aisne accueillera 118 personnes. Ces centres sont situés à Laon, où l’Afpa a mis à disposition des chambres permettant d’accueillir quarante personnes dont des familles ; à Essômes-sur-Marne, où l’association Coallia va accueillir quarante personnes ; à Crouy, où l’association Accueil et Promotion mobilise les capacités d’hébergement d’un hôtel spécialisé en hébergement d’urgence afin d’accueillir dix-huit personnes ; à Merval, enfin, où l’association Coallia va prendre en charge vingt personnes.

Dans les Ardennes, une cinquantaine de migrants en provenance de la jungle de Calais sont attendus à Charleville-Mézières. Ils seront hébergés au sein du foyer de jeunes travailleurs dans le quartier de la Houillère. Le maire de Charleville, Boris Ravignon, a clairement affirmé ce lundi son opposition : "La municipalité désapprouve totalement cette opération, sur la forme comme sur le fond (...). Nous nous étonnons que le gouvernement se décide, à quelques mois des élections, à régler une situation laissée à l'abandon depuis plusieurs années (...). Sur le fond, nous pensons que la France ne peut accueillir tous les migrants qui viennent à se trouver sur notre territoire".

Dans l’Aube, qui devrait également accueillir des réfugiés, la préfecture n'a pas encore communiqué sur le dispositif. Selon la préfecture de région, 28 personnes sont arrivés hier lundi

Dans la Marne, un bus en provenance de Calais a fait étape. Seize migrants sont descendus à Sainte-Ménehould. Ces personnes, quinze Soudanais et un Tchadien, seront hébergés dans des locaux du Foyer rémois et dans un gîte communal de La Grange-aux-Bois. Seize autres personnes, dont des familles, devraient arriver à Sainte-Ménehould d'ici mercredi. D'autres réfugiés doivent encore arriver à Reims, Châlons-en-Champagne, Sézanne. 85 réfugiés pourraient arriver cette semaine dans la Marne.

En Haute-Marne, 24 migrants sont accueillis à Langres dans un centre d'accueil et d'orientation (CAO) installé dans l'ancien EHPAD.

La préfecture de région précise que 83 % des migrants accueillis dans notre région sont de nationalité soudanaise.

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24 octobre 2016 1 24 /10 /octobre /2016 19:49
20161024 De Calais à Amiens

Aujourd’hui, c’est le jour de l’image, celui où sont présent-e-s des centaines de journalistes, celui où peuvent enfin partir les personnes qui attendaient parfois depuis des semaines ou des mois, ayant fait le choix souvent par défaut de rester en France, une précieuse place dans un Centre d’Accueil et d’Orientation.

L’expulsion et la destruction à proprement parler ne commenceront que demain, la scène d’aujourd’hui est celle de personnes qui veulent partir, par choix ou par peur de la suite. Simplement, ce départ éclair pour raison d’expulsion rend des images de foules et d’exode, on a l’impression que des conditions plus dignes auraient pu être offertes dans un cadre plus apaisé…

https://passeursdhospitalites.wordpress.com/

En seconde partie, nos impressions sur le procès en appel des 8 de Goodyear.

http://lechatnoir.perso.sfr.fr/radio/20161024-De-Calais-a-Amiens.mp3

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20 septembre 2015 7 20 /09 /septembre /2015 16:09
Le “refugisme”, idéologie de l’Europe Forteresse

Une des nouveautés de cet été, marqué par les migrations, a été le déploiement d’une nouvelle idéologie de l’accueil sélectif : le “refugisme”. Selon cette représentation, les flux migratoires doivent être classés en fonction de la légitimité de critères distinguant migrants «de guerre» ou «politique» de ceux purement économiques, en assurant aux premiers les cachets et les signatures nécessaires pour rester. D’une part, cette approche est entièrement conforme à l’histoire récente des politiques migratoires, basées sur le principe selon lequel le voyage est une activité devant être soumise à des exigences de sélection, avec une attention particulière à la fonctionnalité des migrants dans le processus d’extraction de la valeur. D’autre part, apparaissent des éléments novateurs qu’il est nécessaire de reconstruire.

La catégorie juridique du rescapé, ou de réfugié politique, n’est pas née avec la rhétorique de ces dernières semaines. Cependant, c’est maintenant qu’elle semble prendre une centralité particulière dans le discours politique. Les institutions européennes ont toujours eu tendance à ignorer, lorsque c’était possible, la présence sur leur territoire des migrants «non économiques», parce que les qualités juridiques de ceux-ci en faisaient des personnes difficile à administrer : des femmes et hommes dont l’«accueil» était imposé par le droit international même s’il ne donnait pas accès à une bourse d’étude ou une invitation à occuper un poste de travail. Mieux vaut insister sur la discipline des entrées ordinaires en reliant la délivrance des visas avec l’hypothèse précédente en cherchant ainsi à distinguer le présumé voyageur discipliné de celui laissé sans contrôle, potentiellement annonciateur de trouble à l’ordre public.

Les flux de ces derniers mois ont rendu nécessaires une nouvelle approche, dont le gouvernement allemand a tenté ces dernières semaines, avec des résultats mitigés, d’en faire la promotion. Les migrations d’aujourd’hui sont le produit des bouleversements politiques en Afrique du Nord et en Asie occidentale. Sur ces mouvements de population pèsent les guerres civiles en Libye et en Syrie : la première pour avoir ouvert depuis longtemps des brèches dans la gestion draconienne de flux subsahariens que Kadhafi avait, en son temps, convenu avec Berlusconi ; la seconde pour avoir conduit des millions de personnes des régions de la Syrie vers les pays devenus à leur tour instables comme l’Irak, le Liban ou la Turquie et pour avoir donc produit le désir de poursuivre le voyage vers des pays plus riches – ceux de l’Europe du Nord.

Dans cette situation où, sans tomber dans la propagande alarmiste des médias officiels, le nombre de migrants a considérablement augmenté – ainsi que leur détermination à passer les frontières et d’atteindre les destinations qu’ils ont choisies, même au prix de la résistance aux contrôle d’identité et aux violences policières – les capitales européennes n’ont pas cessé d’avoir besoin de main de œuvre à faible coût, mais en même temps, elles ne peuvent renoncer, par l’intermédiaire des classes dirigeantes, à bénéficier de la haine (préexistante ou induite) de la plupart des populations subissant l’austérité envers les masses de nouveaux arrivés/arrivants. Le regain d’intérêt pour la catégorie de «réfugié» est d’être le nouveau critère permettant d’administrer l’exclusion là où le recours aux procédures ordinaires ne semble plus possible.

Cela ne signifie pas que le critère économique ne continuera pas d’être un moteur de l’action institutionnelle. Le gouvernement Merkel, pour le compte de l’entrepreneuriat allemand (mais en contradiction avec certaines tensions de l’Allemagne profonde), regarde avec intérêt l’entrée des migrants syrien qui voyagent actuellement en provenance de la Turquie. Appartenant souvent aux classes éduquées, venant d’un pays où le système éducatif est plutôt avancé, souvent importateurs d’une force de travail spécialisée ou de tendance cognitive (par opposition aux migrants d’autres pays, en grande partie orientés vers de l’occupation d’emploi générique), ils semblent représenter une marchandise humaine potentiellement fructueuse pour les entreprises allemandes. Un tel plan nécessite, cependant, une bureaucratie de l’immigration efficace. Pour cela, des pays de la frontière comme l’Italie et la Grèce sont maintenant encouragés à mettre en place rapidement et rigoureusement des centres d’identification, de classification et de déportation («hotspots», «points chauds») qui permettront une entrée en douceur en direction des frontières du nord (précondition nécessaire pour l’admission développée à l’étape factuelle de la « solidarité » allemande).

Ce n’est pas tout. La Syrie représente notoirement une cible militaire pour les Etats-Unis et la France, comme en son temps la Libye, qui a été plongée dans le chaos par les bombardements (y compris italiens) en 2011. Se focaliser sur la tragédie humanitaire syrienne peut aussi avoir, pour les puissances européennes, un avantage propagandiste-militaire : préparer leurs populations à l’éventualité d’une intervention armée. Le facteur politico-militaire est fortement à l’œuvre dans toute la phase actuelle. Le tournant nord-irakien de 2014, a ouvert une phase d’instabilité qui a libéré, selon une ligne de force contrastée, de l’énergie et de l’espace pour de nombreuses contradictions préexistantes, dormantes ou latentes, en Asie occidentale : de la crise des régimes arabes et des gouvernements fantoches à l’héritage politico-militaire des résistances afghane et irakienne, jusqu’à l’approfondissement de l’opposition sunnites-chiites et aux questions irrésolues des Kurdes, du Liban, de la Palestine.

Ce qui se passe en ce moment n’est que l’un des effets secondaires de cet incendie aux multiples facettes, et les migrants d’aujourd’hui, comme ceux de tous temps, apportent avec eux ce bagage de tension politique et sociale. Ce n’est pas un hasard si la dynamique de la migration à laquelle nous assistons, de Vintimille à Calais, en passant par Gevgelija et Rozske, assume les caractères d’une véritable rébellion. Ce serait faire preuve de myopie que d’ignorer les contradictions qui parcourent la planète avec les êtres humains, ainsi que celles qui habitent les êtres humains qui errent sur la planète. L’univers migrant n’est pas un espace évanescent et éthéré, mais un univers matériel déchiré, déchiquetée, stratifié. Pouvons-nous oublier les bateaux arrivés en Sicile avec les Libyens, les Syriens et les Nord-Africains autorisés à respirer, et les Bangladais et Pakistanais tués dans la cale, avec les subsahariens écrasés à mort au fond du fond, sous la poupe, dans une terrible hiérarchie raciale de l’accès à l’espoir ou à la mort des êtres humains ?

Il est ce processus de sélection, de filtrage et de hiérarchisation – à la fois dans la forme sauvage du marché illégal et dans ce marché institutionnel légal – que nous, aujourd’hui, refusons très clairement. L’appel à la solidarité généralisée caractérisée par la rhétorique «refugiste» peut alors, en ce moment, prendre un sens dangereux et ambigu. Il faut démonter l’idée que les conditions économiques ne constitueraient pas une base légitime pour la décision de partir, en considérant non seulement que le bien-être et le mal-être économique des différentes zones géographiques et classes sociales sont interconnectées, mais aussi que la dynamique des guerres et des persécutions politiques ont des origines économiques à chaque fois bien identifiables.

La critique de la politique de la mort et de la subordination exécutée dans la Méditerranée ne peut pas, au final, aplatir les notions de liberté, d’oppression ou de guerre sur les définitions – selon une représentation partielle, historiquement située et politiquement restrictive et insuffisante – du droit international. Si les gains obtenus par des droits acquis doivent toujours être revendiqués, lorsque les conquêtes historiques affleurent des sédimentations juridiques à la suite des luttes et des bouleversements du passé, notre intérêt est de construire une opposition vivante pour le changement, dans les bouleversements d’aujourd’hui. Cette opposition se nourrit d’une solidarité différente de celle (hypocrite) des institutions, et qui avec les frontières des États, dépasse également la staticité des catégories juridiques certainement ambivalentes, mais pliées par le discours dominant à la nécessité d’administrer, de gérer et de contrôler de nouvelles et redoutables contradictions sociales.

Source : http://www.infoaut.org/index.php/blog/editoriali/item/15441-il-%E2%80%9Cprofughismo%E2%80%9D-ideologia-della-fortezza-europa

Traduc . MP

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19 juin 2015 5 19 /06 /juin /2015 07:19

Alors que le compte des noyés dans la Méditerranée, cette mer cimetière, s’accroît tous les jours, les médias tournent en boucle et assènent que les pays européens et leurs polices s’affairent à «sauver» les migrants irresponsables qui – non content d’enrichir des passeurs véreux – prennent des risques inconsidérés pour traverser les frontières sur des bateaux surchargés et dangereux.

Il n’en reste pas moins qu’ils sont toujours de plus en plus nombreux à se noyer et quand la police en intercepte, les «sauver» veut dire, au mieux, les enfermer et tenter de les expulser. La présentation sous les oripeaux de l’humanitaire du type de gestion qui leur est imposé n’est que le complément du contrôle des migrations, et ne sert qu’à amoindrir l’effet d’intolérable de la violence de ce qui se passe, à dépolitiser ce qui est en jeu. Si de très nombreuses personnes paient cher pour des traversées dangereuses et souvent mortelles, c’est parce que, pour eux, il n’est pas possible de traverser les frontières tranquillement et légalement. C’est donc bien le système de contrôle et de gestion des flux migratoires, dont l’humanitaire est un des rouages, qui est responsables de ces morts, de ces dettes et de ces épopées souvent tragiques.

Pendant ce temps, dans Paris, plusieurs groupes de migrants accompagnés par quelques associations humanitaires, et désormais soutenus par un grand nombre de voisins et militants, subissent un harcèlement policier intolérable. Si les migrants de La Chapelle et d’Austerlitz sont expulsés de leurs campements de fortune, arrêtés, mis en rétention, ou «dispersés» comme on fait de poussières indésirables, c’est parce que, comme aux frontières extérieures et intérieures de l’Europe, l’objectif est de les rendre invisibles, à fortiori dans la capitale, première destination touristique mondiale, eux qui contestent par leur existence même le bien fondé des politiques migratoires mises en œuvre en Europe depuis plusieurs dizaines d’années. Aux migrants dont la force tient principalement au fait qu’ils restent ensemble et agissent collectivement, il n’est proposé par les associations humanitaires et la plupart des partis politiques que des «hébergements précaires» (quelques nuits au maximum) et dispersés (on a même vu des bus emmener les migrants... nulle part).

Poser politiquement et collectivement les enjeux. Politiquement, vous avez dit politiquement ?

Face à cette situation, il est urgent de reprendre l’initiative et de s’organiser sur des objectifs précis élaborés collectivement pour obtenir des avancées réelles pour tous. En effet la gestion humanitaire et la gestion gouvernementale ont pour point commun d’empêcher de poser les enjeux politiques liés à la question des migrants et de contribuer à gérer leur invisibilité. Contre cette logique, à nous de les aider à rester ensemble et à accroître leur visibilité.

Comme dans toutes les luttes, un certains nombres de questions ou de problèmes se posent, il y a un certain nombre de choses à affronter. Pour permettre qu’un peu de tactique se dessine, que le rapport de force soit travaillé de manière plus fine et efficace, il faut que les migrants puissent discuter collectivement afin qu’ils soit en situation d’énoncer ce qu’ils veulent et faire en sorte de l’obtenir. Et c’est aussi cela qui permettra, en les articulant et en les posant de la manière la plus adéquate possible, de résoudre les problèmes multiples auxquelles leur situation les confronte (papiers, logement, amélioration des conditions de santé...).

Nécessaires et réciproques auto-organisations

Il est grand temps de commencer à gagner, et pour ça il faut sortir de la mauvaise urgence, du temps de l’humanitaire, pour rentrer dans le temps de la lutte, qui doit être un moment d’amélioration des conditions de vie de tous et de chacun. La lutte, il faut que ça commence à payer.

Pour ne pas laisser les migrants à la merci de la gauche, la meilleure chose que l’on puisse faire c’est de, nous aussi, être organisés, non pas pour montrer l’exemple mais parce qu’il nous faut également sortir de l’impuissance et trouver comment fonctionner pour sortir des relations de soutien interindividuelles.

Certains d’entre nous ont en mémoire qu’après l’expulsion de Saint-Ambroise lors du mouvement des sans-papiers de 1996, SOS Racisme (en tant que relais de la politique d’immigration du Parti Socialiste) avait déjà voulu sélectionner 50 sans-papiers qu’ils se proposaient «d’héberger» temporairement dans leur local, cherchant ainsi à casser la lutte par la dispersion de ses participants. Si ceux-ci ont pu refuser efficacement cette division très concrète, c’est parce qu’ils s’étaient déjà organisés dans la lutte, mais aussi parce qu’ils ont compris qu’ils pouvaient compter, hors de la logique humanitaire, sur l’aide et l’assistance de composantes de la lutte qui avaient des papiers.

Ne restons pas désarmés et ne nous laissons pas reléguer au rang de témoins des «réunions unitaires» qui sont en train de s’organiser. Pour ne pas laisser le monopole de l’organisation – et surtout de l’initiative – aux structures, partis et humanitaires, c’est un espace pour discuter, réfléchir, élaborer et agir qu’il faut commencer à construire. Un tel lieu permettrait par exemple de tirer le bilan croisé des tentatives des derniers jours parmi lesquelles l’occupation de l’ancienne caserne et des conditions dans lesquelles elle a été levée, ainsi que des premières arrestations et des mises en centre de rétention.

Nous, voisins bienveillants, militants têtus, passants assidus, nous les «irresponsables» qui empêchons Valls de «bien travailler avec Emmaüs et France Terre d’Asile», il nous appartient de trouver le moyen de nous organiser pour agir au côté des migrants dans cette lutte pour la liberté de circulation et d’installation pour tous.

Paris, le 16 juin 2015

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25 avril 2015 6 25 /04 /avril /2015 11:31
Immigration : a qui profitent ces milliers de morts

C’est par milliers que la Méditerranée engloutit les cadavres de ces immigrés qui essayent de s’échapper de l’enfer, aux quatre coins du globe. Face àcette situation, nous sentons bien qu’une réaction humaine ne peut être que de venir au secours de ces êtres humains en détresse. Oui, mais voilà, l’on se dit en même temps : que va-t-il se passer ? L’Europe ne risque t-elle pas de voir une véritable invasion ?

Il y a tellement de gens, de partis politiques, qui nous disent qu’il y a déjà trop d’immigrés. Oui, aujourd’hui, la population en Europe est prisonnière de ces peurs. Peur de perdre son travail, peur de voir l’économie se désorganiser, peur même de perdre son identité.

Nous nous sentons coincés parce que nous avons accepté trop de choses, depuis trop longtemps, du système en place. Ce système nous dit qu’il est le meilleur au monde, le plus respectueux des droits de l’homme. Mais en réalité, ce monde est construit et ne vit que sur toute une cascade d’inégalités, d’injustices.

Ce système a longtemps profité du travail des immigrés. Jusqu’à il y a 50 ans, l’Etat allait chercher ces immigrés chez eux, au Maroc, au Sénégal, par milliers. C’était une main d’œuvre idéale pour les travaux sales, mal payés. Il était plus facile de faire faire ce travail àdes travailleurs sans racines, sans liens avec la population, sans moyens de se défendre collectivement.

Les immigrés sont devenus un rouage essentiel du système. Car les patrons, l’Etat, se servent d’eux pour faire comprendre à la grande majorité des autres, qui sont mal payés, ou qui travaillent dur : «ne vous plaignez pas, regardez, il y a pire!» Et on nous a appris à mépriser l’émigré, au lieu de voir en lieu un travailleur.

La crise de 2008 est venue des banquiers, qui se sont mis eux-mêmes en faillite par leurs magouilles. La crise a aggravé le chômage. Mais ce sont les immigrés qu’on a accusés de la montée du chômage. Et si nous devons payer plus d’impôts, voir les salaires bloqués, c’est pour renflouer l’Etat qui a sauvé les banques.

L’immigré a bon dos; il sert régulièrement de bouc émissaire. En France, nous sommes des millions à avoir des parents, des grands parents, qui ont été des émigrés. Ils sont arrivés, eux aussi, dans des conditions dramatiques, mais ils sont arrivés.

Aujourd’hui, l’Europe, la France la première, a mis en place un mur invisible pour interdire aux pauvres d’y entrer. On a obligé les pays alentour, le Maroc et bien d’autres, à tout faire pour rendre impossible un départ vers l’Europe. On interdit de venir légalement, après quoi on dénonce les passeurs qui en profitent !

On nous répète que nous faisons déjà beaucoup, que nous ne pouvons pas héberger tout le monde. Mais si l’on prend l’exemple de la guerre en Syrie, la France a accueilli 4 500 réfugiés. Un petit pays comme le Liban, avec 4,5 millions d’habitants, en a reçu sur son sol 1 200 000.

L’idée d’invasion n’est qu’une peur. C’est simple : même si un million de personnes arrivaient en Europe, cela signifierait que la population du continent va augmenter de 0,2 %, puisque nous sommes 500 millions d’Européens. L’Europe est riche, et comprend beaucoup de riches. Mais même si l’on devait partager entre nous, gens modestes, pour permettre aux arrivants de vivre, cela coûterait à chacun de nous... 3 ou 4 euros par mois, 0,2 % de nos salaires.

Beaucoup d’émigrés partent de Libye. La Libye, la France, l’Europe, y ont fait la guerre en 2011. Alors, la moindre des choses est qu’ils assument. Et la moindre des choses pour nous est que nous ayons un comportement humain, que nous insistions pour qu’on aille au secours des gens en détresse. En attendant de reposer le problème d’une véritable aide de ces populations, qu’on a beaucoup exploitées jusqu’ici.

On nous divise pour mieux régner. A nous de ne pas nous laisser devenir inhumains.

L’Ouvrier, 20/4/2015

L’OUVRIER BP 64 - 94202 IVRY/SEINE CEDEX

Diffusé par Organisation Crommuniste Libertaire

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4 février 2015 3 04 /02 /février /2015 19:30

Le mardi 3 février 2015, les agents de la Cour Nationale du Droit d'Asile (CNDA) se sont rassemblés devant la Cour pour exprimer leur mécontentement face à l’augmentation constante de leur charge de travail.

En l’absence d’ouverture de négociations immédiates de la part de la direction de la CNDA, les agents ont voté, lors de l’assemblée générale, la reconduction de la grève pour le mercredi 4 février 2015.

La charge de travail, en constante augmentation depuis plusieurs années, soumet les agents à un rythme insoutenable qui met en danger la qualité de leur travail pour les demandeurs d’asile… et la réforme de l’asile, actuellement en débat au parlement, prévoit d’accélérer encore les procédures.

Le 16 décembre 2014, l'Assemblée Nationale a voté le projet de loi relatif à la réforme de l’asile en première lecture. Le texte passera devant le Sénat dans les prochaines semaines. D’ores et déjà, l’orientation choisie est celle de l’accélération des procédures de jugement sans prise en considération du futur alourdissement de la charge de travail des agents de la Cour.

Avec plus de 37 000 affaires jugées en 2014, la CNDA est la première juridiction administrative de France. Mais avec seulement 150 rapporteurs, et 60 secrétaires d’audience, la charge de travail imposée par la direction (372 dossiers à instruire par an pour un rapporteur et 56 audiences par secrétaires) risque d’entraîner de graves conséquences sur la qualité de traitement des dossiers des demandeurs d’asile, qui constituent déjà un public particulièrement vulnérable.

L'unique revendication des syndicats : la diminution significative de la charge de travail des agents de la Cour, de l’ordre de 30%, pour une justice de qualité, assurant à chaque justiciable un procès juste, équitable et impartial, dans lequel tous les aspects de sa demande auront pu être traités. Les syndicats préconisent de passer de 372 dossiers par an actuellement à 271 dossiers à traiter, et d’une diminution proportionnelle du quota d’audiences annuel pour les secrétaires. Les agents ne présentent aucune revendication salariale en dépit de salaires bas et très inégaux entre contractuels et titulaires.

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