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3 mai 2022 2 03 /05 /mai /2022 12:25

La guerre en Ukraine a changé la situation politique sur le continent européen et la situation économique dans le monde. La guerre détruit. Elle détruit les bâtiments, elle détruit les illusions, elle détruit les gens. Si la guerre touche incontestablement tout le monde, elle n’a pas le même impact sur tout le monde. Certains vont même tirer profit de cette guerre : des avantages politiques pour les politiciens qui sont du «bon côté», des avantages économiques pour les oligarques qui se sont retrouvés du côté de la «paix et de la justice» Cela vaut pour l’interprétation russe ou ukrainienne de la situation, et pour les détenteurs de l’interprétation universelle de la guerre : les marchands d’armes. Mais ce sont les travailleurs qui vont certainement perdre, quel que soit le camp qu’ils ont choisi ou dans lequel ils se sont involontairement retrouvés.

Les travailleurs sont l’objet principal de la mobilisation : la population entre 18 et 60 ans qui, qu’elle le veuille ou pas, est appelée à payer le coût humain de la guerre. Les travailleurs constituent également la majorité des réfugiés. Contrairement à ce qu’on a appelé la crise des migrants pendant la guerre en Syrie (qui était surtout une hystérie médiatique manipulée par des politiciens de droite), nous sommes aujourd’hui confrontés à une situation massive de réfugiés susceptible de déplacer les couches sociales du continent.

Aujourd’hui, plus de 5 millions de réfugiés ont déjà quitté l’Ukraine et plus de 6 millions sont des réfugiés internes. Une masse gigantesque de personnes, dont beaucoup se retrouveront dans le système des contrats d’emploi temporaire dans des pays comme l’Allemagne, enrichissant les grandes entreprises comme Volkswagen. Des millions de travailleurs vont continuer à payer le prix de la guerre sous la forme d’une main-d’œuvre bon marché et échappant au code du travail dans des conditions de migration forcée. Les employeurs vont profiter de la situation pour maintenir les réfugiés dans des emplois peu rémunérés tout en baissant les salaires pour tout le monde. Les politiciens nationalistes vont désigner les migrants comme les responsables de la baisse des salaires, en faisant pression pour limiter leurs droits, ce qui entraînera des salaires encore plus bas pour les migrants Il en découlera une pression encore plus forte sur les salaires de tous les travailleurs et les politiciens feront briller leurs capacités de démagogie, d’exploitation et de cynisme.

Dans ce contexte d’aggravation des conflits sociaux en Europe, nous sommes également confrontés à des appels sans précédent à la militarisation générale du continent. Trois jours après le début de la guerre, le 27.02.2022, le chancelier allemand Scholz annonce que l’armée allemande disposera d’un budget spécial de 100 milliards. Entre 2015 et 2021, le budget de l’OTAN a augmenté de façon spectaculaire, passant de 895 milliards (2015) à 1174 milliards (2021). Il ne s’agit pas seulement de chiffres montrant que l’OTAN se prépare à se défendre contre la Russie. Ce sont des milliards qui n’iront pas aux hôpitaux, aux transports par chemins de fer. Ils n’iront pas aux écoles, aux ressources d’énergies renouvelables et aux programmes sociaux. La militarisation universelle signifie une forte accélération de la dégradation néolibérale de l’État-providence et entraîne une baisse immédiate du niveau de vie pour tous. Il s’agit d’une atteinte directe au salaire social du travailleur, qui devra payer plus pour bénéficier de moins de services sociaux.

Naturellement, les travailleurs ne doivent pas et ne seront probablement pas de simples victimes passives de l’évolution des événements. C’est dans le chaos de la guerre que se trouve la force de la grève des travailleurs. Les travailleurs peuvent faire opposition à la fois aux conséquences économiques de la guerre et à la guerre elle-même. Nous avons déjà vu les travailleurs portuaires du syndicat autonome USB en Italie refuser de charger des armes pour la guerre. En Bulgarie aussi, nous avons failli assister au surgissement d’une grève non organisée de grande ampleur dans la zone industrielle de Plovdiv, qui annonce l’émergence de l’opposition des travailleurs aux effets de l’inflation. Dorénavant nous allons voir de plus en plus d’actions semblables à grande échelle. Avec la poursuite de la guerre et l’aggravation de ses conséquences économiques, politiques et sociales, nous allons entrer dans une période de renforcement et de radicalisation des luttes sociales qui nous oblige à prendre position.

FACB (Fédération anarchiste communiste-bulgare)
 

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6 mars 2022 7 06 /03 /mars /2022 10:17
Paix aux chaumières, guerre aux palais !

Paix aux chaumières, guerre aux palais !

Internationalistes, nous refusons de nous laisser enrégimenter par l’un ou l’autre des deux camps qui ont jeté leur dévolu sur le territoire de l’Ukraine pour s’affronter militairement. 

Chacun à leur échelle, Poutine, Zelensky, Macron, Biden et consorts ne sont que des courtiers du Capital. En affaire un jour, nouant des alliances de circonstance, ils s’empresseront de les renverser au besoin et de s’affronter le lendemain si la protection ou l’expansion de leurs zones d’intérêts l’exigent. Ce petit jeu se termine toujours mal pour les populations qui en font les frais. C’est à un de ces dramatiques coups de théâtre auxquels nous assistons impuissants depuis peu. Un de ces événements qui, durant tout le XX°siècle, ont accompagné au rythme des convulsions du capitalisme les menées impérialistes des Etats. A tort, les populations de la vieille Europe se croyaient désormais épargnées par les conflits armés. Elles se figuraient les guerres reléguées aux confins des zones périphériques. Pourtant, la dislocation de la Yougoslavie et son partage en zones d’influence sous la pression des puissances impérialistes sonnait à l’époque comme une mise en garde. 

A bas tous les nationalismes !

Que le Kremlin abrite des canailles sanguinaires ne laisse planer aucun doute. Nous sommes conscients que Poutine et sa mafia ne reculeront devant aucune atrocité afin d’atteindre les objectifs qu’ils se sont fixés. Sa volonté s’accomplira au prix de la répression des populations qu’il tient sous sa coupe, voire des secteurs de sa propre bourgeoisie qui auraient l’intention d’entraver ses plans. Mais il fait beau voir l’Etat français donner la leçon à son homologue russe. Entendre Macron, comme avant lui ses prédécesseurs, pontifier sur la démocratie et les valeurs de l’Europe face à un tyran ou à un fou relève de l’invitation à la rêverie. Il suffit de jeter un coup d’oeil, même rapide, sur la politique internationale que mène l’Etat français en matière de soutien aux dictatures et de commerce des armes pour comprendre combien, chez ces gens là, les belles paroles s’envolent dès que se profilent de potentiels intérêts commerciaux ou stratégiques. Il semblerait même qu’une victime civile des pilonnages de l’Otan en Libye n’ait pas la même valeur qu’un martyr de la guerre en Ukraine(1). Du moins, peut-on le supposer depuis que Natacha Bouchard, la maire de Calais d’habitude peu réceptive à l’adversité qui frappe les exilés errant aux alentours de sa ville, s’est inexplicablement ouverte aux souffrances de réfugiés en provenance d’Ukraine…

Guerre de classe !

Certains se demandent comment agir ou intervenir en réaction à cette guerre. D’abord, en refusant de jouer les va-t-en-guerre et de tomber dans le piège de l’Unité Nationale et du poison patriotique, quel qu’il soit. Ensuite, comme d’habitude, en réclamant la libre circulation des personnes et l’ouverture des frontières, de toutes les frontières. Enfin, nous savons que notre camp, celui des travailleurs et des chômeurs, celui des prolétaires sera le premier et le seul à payer le prix fort de cette aventure criminelle. C’est donc, en Ukraine, en Russie, en France et ailleurs contre nos propres bourgeoisies que nous devons mener l’offensive. Macron, encore lui, entend nous protéger, dit-il. Lui, qui durant la pandémie n’a su qu’incarcérer à domicile l’ensemble de la population et dépecer l’hôpital public nous promet déjà, s’il est reconduit dans ses fonctions, de nous faire crever au travail. 

Cette guerre et ses conséquences s’offrent comme un nouveau moyen d’étouffer dans l’oeuf toute contestation sociale à venir. Nous devons au plus vite reprendre le chemin de la mobilisation dans les entreprises, dans les quartiers et dans la rue. Nous devons, dans la mesure du possible, tenter d’établir des contacts avec celles et ceux qui dans les Etats aux prises dans ce conflit tentent de s’y opposer. En Russie, par exemple, des féministes, bravant la répression d’État, constituent l’un des mouvements sociaux les plus actifs. Désormais, elles s’unissent dans la résistance contre la guerre de Vladimir Poutine en Ukraine(1).

Contre le chaos capitaliste, pour la révolution sociale !

Cette guerre n’est qu’une catastrophe supplémentaire qui s’ajoute à la longue liste des méfaits d’une civilisation capitaliste frappée de crise profonde, et peut-être même agonisante. Face au chaos qui est là, à la montée des nationalismes et des replis identitaires, nous devons retrouver le chemin qui mène à l’émancipation sociale et à la solidarité de classe internationale. La nécessité d’un nouvel horizon pour l’humanité s’impose donc avec acuité, mais cet espoir ne sortira pas des urnes, ni ici, ni ailleurs, ni demain, ni jamais. A bas la guerre ! A bas tous les gouvernements !

   Cette exigence politique remet la nécessité de la Révolution Sociale

à l’ordre du jour !

Boulogne-sur-mer, le 05/03/22002

(1) Pour le politicien Jean Louis Bourlanges, les réfugiés de guerre ukrainiens constitueraient «sans doute une immigration de grande qualité».

(2) https://rapportsdeforce.fr/linternationale/ukraine-des-feministes-russes-lancent-un-appel-a-sopposer-a-la-guerre-partout-dans-le-monde-030212949

➡️  VERSION TRACT À TÉLÉCHARGER

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12 mai 2021 3 12 /05 /mai /2021 06:28
20210510 Soulèvement en Inde (suite)

Les lois que veut faire passer le gouvernement de Narendra Modi signent la mort de la petite paysannerie indienne. Aussi les petits paysans qui sont très prolétarisés et les ouvriers agricoles, mènent un combat à la vie à la mort qui non seulement ne faiblit pas depuis le mois de juin 2020 quand ce mouvement a commencé, mais s’approfondit et s’élargit toujours un peu plus.

Aujourd’hui, nous en sommes à un moment où le soulèvement paysan qui bénéficie d’un très large soutien des classes populaires essaie de se transformer peu à peu en soulèvement de l’ensemble de ces mêmes classes populaires. Le soulèvement paysan a aussi changé la société en amenant déjà Modi à suspendre les lois anti-ouvrières liquidant l’essentiel des acquis ouvriers que le gouvernement voulait également imposer.

Les jeunes sont particulièrement attirés qui étouffent dans cette société cloisonnée. Le soulèvement paysan est à la mode, dans les vêtements, les T-shirts, les mouvements de jeunes, la musique, les badges… Paysan, c’est cool.

Le pouvoir essaie de profiter de la saison des récoltes (elle a commencé en avril) qui oblige bien des paysans à retourner au travail  pour mener une campagne de masse avec l’aide de ses médias pour faire croire que le soulèvement paysan est en train de s’arrêter et tenter de l’attaquer à cette occasion.

Interview de Jacques Chastaing par L’Actualité des luttes

Rappel : émissions récentes traitant du même sujet que vous pouvez retrouver sur ce site : 20210215 Colère paysanne en Inde et 20210315 Gigantesque tsunami social en Inde

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12 février 2017 7 12 /02 /février /2017 15:02
Espagne : mémoires de 36-39

La guerre civile espagnole reste une tragédie idéologique et humaine, mais au cours de cette période des utopies libertaires furent réalisées, en particulier à Barcelone.

Frank Mintz, spécialiste des mouvements anarchistes , évoquera cette éradication temporaire du capitalisme au cœur même d’une Espagne déchirée et abandonnée par les puissances occidentales.

Au terme de cette conférence, suivie d’un débat, on proposera d’entendre quelques extraits d’auteurs ou poètes engagés dans ce conflit.

Vendredi 3 mars

Théâtre du Chemin vert à Reims

à partir de 18 h 30

Espagne : mémoires de 36-39
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25 avril 2015 6 25 /04 /avril /2015 11:31
Immigration : a qui profitent ces milliers de morts

C’est par milliers que la Méditerranée engloutit les cadavres de ces immigrés qui essayent de s’échapper de l’enfer, aux quatre coins du globe. Face àcette situation, nous sentons bien qu’une réaction humaine ne peut être que de venir au secours de ces êtres humains en détresse. Oui, mais voilà, l’on se dit en même temps : que va-t-il se passer ? L’Europe ne risque t-elle pas de voir une véritable invasion ?

Il y a tellement de gens, de partis politiques, qui nous disent qu’il y a déjà trop d’immigrés. Oui, aujourd’hui, la population en Europe est prisonnière de ces peurs. Peur de perdre son travail, peur de voir l’économie se désorganiser, peur même de perdre son identité.

Nous nous sentons coincés parce que nous avons accepté trop de choses, depuis trop longtemps, du système en place. Ce système nous dit qu’il est le meilleur au monde, le plus respectueux des droits de l’homme. Mais en réalité, ce monde est construit et ne vit que sur toute une cascade d’inégalités, d’injustices.

Ce système a longtemps profité du travail des immigrés. Jusqu’à il y a 50 ans, l’Etat allait chercher ces immigrés chez eux, au Maroc, au Sénégal, par milliers. C’était une main d’œuvre idéale pour les travaux sales, mal payés. Il était plus facile de faire faire ce travail àdes travailleurs sans racines, sans liens avec la population, sans moyens de se défendre collectivement.

Les immigrés sont devenus un rouage essentiel du système. Car les patrons, l’Etat, se servent d’eux pour faire comprendre à la grande majorité des autres, qui sont mal payés, ou qui travaillent dur : «ne vous plaignez pas, regardez, il y a pire!» Et on nous a appris à mépriser l’émigré, au lieu de voir en lieu un travailleur.

La crise de 2008 est venue des banquiers, qui se sont mis eux-mêmes en faillite par leurs magouilles. La crise a aggravé le chômage. Mais ce sont les immigrés qu’on a accusés de la montée du chômage. Et si nous devons payer plus d’impôts, voir les salaires bloqués, c’est pour renflouer l’Etat qui a sauvé les banques.

L’immigré a bon dos; il sert régulièrement de bouc émissaire. En France, nous sommes des millions à avoir des parents, des grands parents, qui ont été des émigrés. Ils sont arrivés, eux aussi, dans des conditions dramatiques, mais ils sont arrivés.

Aujourd’hui, l’Europe, la France la première, a mis en place un mur invisible pour interdire aux pauvres d’y entrer. On a obligé les pays alentour, le Maroc et bien d’autres, à tout faire pour rendre impossible un départ vers l’Europe. On interdit de venir légalement, après quoi on dénonce les passeurs qui en profitent !

On nous répète que nous faisons déjà beaucoup, que nous ne pouvons pas héberger tout le monde. Mais si l’on prend l’exemple de la guerre en Syrie, la France a accueilli 4 500 réfugiés. Un petit pays comme le Liban, avec 4,5 millions d’habitants, en a reçu sur son sol 1 200 000.

L’idée d’invasion n’est qu’une peur. C’est simple : même si un million de personnes arrivaient en Europe, cela signifierait que la population du continent va augmenter de 0,2 %, puisque nous sommes 500 millions d’Européens. L’Europe est riche, et comprend beaucoup de riches. Mais même si l’on devait partager entre nous, gens modestes, pour permettre aux arrivants de vivre, cela coûterait à chacun de nous... 3 ou 4 euros par mois, 0,2 % de nos salaires.

Beaucoup d’émigrés partent de Libye. La Libye, la France, l’Europe, y ont fait la guerre en 2011. Alors, la moindre des choses est qu’ils assument. Et la moindre des choses pour nous est que nous ayons un comportement humain, que nous insistions pour qu’on aille au secours des gens en détresse. En attendant de reposer le problème d’une véritable aide de ces populations, qu’on a beaucoup exploitées jusqu’ici.

On nous divise pour mieux régner. A nous de ne pas nous laisser devenir inhumains.

L’Ouvrier, 20/4/2015

L’OUVRIER BP 64 - 94202 IVRY/SEINE CEDEX

Diffusé par Organisation Crommuniste Libertaire

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20 avril 2015 1 20 /04 /avril /2015 19:44
Interpellation musclée dans vide-greniers à Reims

Il est 17 heures environ dimanche à la Maison de Quartier Croix-Rouge de Reims, où se déroule dans la bonne humeur un vide-grenier : Maryam, sa mère et ses sœurs, y tiennent un stand de produits palestiniens (savon, broderies) et d’objets de la campagne de solidarité (T-shirts, brochures, autocollants notamment).

Soudain, une équipe de policiers débarquent sans crier gare, et foncent sur la table, alors qu’on n’est même pas sur la voie publique. Ils n’hésitent pas à arroser l’assistance de gaz lacrymogènes, y compris les enfants, nombreux. Cinq des victimes de l’assaut devront aller se faire soigner aux urgences hospitalières.

On apprendra plus tard que les policiers avaient été «alertés» par une personne qui avait téléphoné au commissariat pour dénoncer «une opération antisémite» !

Mariame, qui proteste contre les violences faites à sa propre mère, est ensuite embarquée brutalement, menottée, puis rouée de coups pendant le trajet et à l’arrivée au commissariat, où elle est placée en garde à vue. Le médecin qui l’y examine relève la présence d’hématomes.

Les policiers lui disent qu’ils retiennent cinq charges contre elle, et pas des moindres : «rébellion», «outrage à fonctionnaires», «coups et blessures à fonctionnaires», «offense au Président de la République», sans oublier la sempiternelle «incitation à la haine raciale» !

L’indignation se répand alors rapidement, non seulement parmi les habitants du quartier Croix-Rouge, mais aussi sur les réseaux sociaux et au-delà de la ville de Reims.

Tandis que des dizaines de personnes se rassemblent devant le commissariat, et que le standard téléphonique de celui-ci est saturé d’appels téléphoniques, des responsables associatifs locaux contactent la hiérarchie policière, et lui font valoir que si elle voulait provoquer de véritables émeutes, elle ne s’y prendrait pas autrement.

Du coup, les responsables de la police rémoise prennent peu à peu conscience de l’énormité de la bavure de leurs subordonnées, et le système cherche alors une porte de sortie : dans la matinée, Mariame, étudiante âgée de 19 ans, se voit signifier un «rappel à la loi», et elle peut enfin sortir lundi en milieu de journée sans que des charges soient retenues contre elle.

L’affaire est cependant loin d’être terminée, car plusieurs plaintes vont être déposées visant le comportement de la police. Pour les brutalités subies par Maryam et plusieurs autres, mais aussi pour vol : les objets de la table «Palestine» saisis par la police ne sont en effet jamais arrivés au commissariat (à l’exception de quelques autocollants, censés être des «pièces à conviction») ! Tous ces agissements ont eu lieu au grand jour, et les témoignages ne manquent pas.

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23 février 2015 1 23 /02 /février /2015 11:09

Sonia Jebali et Monia Dridi sont ouvrières dans la société Latelec-Fouchana, filiale tunisenne de Latécoère, multinationale française qui fournit en équipements les grands avionneurs mondiaux comme Airbus ou Dassault.

Lorsque Latécoère-Latelec avait délocalisé en 2005 une partie de sa production de câblage dans la banlieue de Tunis, elle espérait trouver une main d’œuvre qualifiée et sensée docile, puisque féminine. Elle souhaitait ainsi conserver une exigence de qualité, tout en réduisant de façon considérable ses coûts de fabrication grâce à des salaires mensuels d’environ 150 euros.

Mais Latécoère-Latelec s’est heurté à la détermination des salarié-es qui ont commencé à se rebeller contre les conditions de travail difficiles, les heures supplémentaires imposées et non payées, le harcèlement sexuel, et les insultes sexistes. Elles ont alors créé un syndicat UGTT (Union générale tunisienne du travail).

Les ouvrières ont obtenu des augmentations de salaire, la reconnaissance de leurs droits à des congés, un respect accru. C’en était trop pour les dirigeants qui ont organisé un lock-out, transférant temporairement la production en France. Ils cherchaient ainsi à mettre en concurrence les salariés du Nord et les salariés du Sud. En septembre 2012, l’usine avait été fermée pour une durée indéterminée et Latécoère avait commencé à vider l’usine de ses effectifs. 200 postes d’intérimaires avaient été supprimés entre octobre 2012 et mars 2013 et 10 ouvrières dont des déléguées syndicales avaient été licenciées.

La direction de LATelec a concédé en mars 2014 une première avancée : une partie des travailleuses étaient réintégrées mais quatre restaient licenciées, parmi elles les deux déléguées syndicales UGTT Monia Dridi et Sonia Jebali.

Ne se résignant pas à voir le droit du travail tunisien ainsi bafoué par la multinationale, Houda et Sonia ont entamé le 19 juin 2014 une grève de la faim de 27 jours pour que toutes les travailleuses injustement licenciées puissent être réintégrées. Le 15 Juillet 2014, après environ deux ans de lutte, elles obtiennent la réintégration de 2 délégués, dont Houda. L'entreprise est fermée pour congés annuels le surlendemain de la signature de l'accord et celles-ci ne seront réintégrées que le 18 août. Sonia et Monia, les deux déléguées UGTT dont la réintégration n'a pas été obtenue, ont touché les 84 mensualités (7 ans de salaires) qui leur avaient été promises, soit 54 516 dinars (23 475 euros).

Sonia et Monia nous parlent du déroulement de cette lutte. Sujet réalisé par l’émission l’actualité des luttes sur FPP.

Une première émission sur ce sujet a été diffusé le 14 juillet 2014 (Situation sociale en Tunisie)

http://lechatnoir.perso.sfr.fr/radio/20150223-Retour-lutte-Latelec-Fouchana.mp3

20150223 Retour sur la lutte des Latelec Fouchana
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