Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
13 juillet 2019 6 13 /07 /juillet /2019 07:22
IMPULSIVE EXPULSION

L’expulsion du foyer "Sövkipeu" a été menée tambour battant avec un maximum de forces de police et un minimum d’humanité.

Jeudi 11 juillet dès 5 heures du matin un impressionnant dispositif policier se met en place autour du foyer réquisitionné depuis avril par le collectif Sövkipeu . Le quartier est bouclé par des barrières métalliques et des bandes tricolores, des policiers en armes "sécurisent" le périmètre. Un passant ignorant se demande s’il s’agit d’un opération antiterroriste, une autre voudrait rejoindre la rue David, "il faut contourner" lui répond calmement un policier. Mine navré, un troisième trouvera tout de même que "c’est dégueulasse".
L’intrusion policière a eu lieu au petit matin avant l’heure légale, le bélier a défoncé la porte d’entrée, les chambres ont été brusquement vidées de leurs occupants, toutes ces familles de réfugiés et de demandeurs d’asile doivent descendre rapidement, rassembler leurs affaires personnelles et embarquer dans des voitures pour être déplacées vers l’armée du salut avant d’être transférées à Charleville, à Châlons, à Epernay, à Troyes. Ils ne peuvent garder que le strict minimum, le reste sera embarqué dans un camion de déménagement. On aperçoit quelques visages connus aux traits marqués par la fatigue, la peur ou le tristesse. Le responsable de cette opération s’efforce d’apaiser les réfugiés, il va même jusqu’à mettre la main à la pâte en portant quelques sacs. Le camion de déménagement s’engage dans la rue de Cernay qui n’a jamais aussi bien porté son nom. Un fonctionnaire de police, dégage la barrière pour la manœuvre du camion. Il est un peu gêné par son flashball en bandoulière, le camion passe enfin, la barrière est remise en place et le policier municipal reprend fièrement la pose.
Aux alentours de 8 heures l’expulsion s’achève. Les bénévoles demandent encore un entretien avec un responsable, l’officier de policier qui dirige l’opération contacte le jeune cadre préfectoral. Nous pouvons enfin glaner quelques informations et intercéder pour qu’un réfugié puisse accéder à l’immeuble afin de récupérer ses papiers. Mais tout a été vidé, il faut suivre le camion.
A l’armée du salut les expulsés doivent trier leurs affaires. Les hôtels imposent une règle : une seule valise ou un sac de voyage pas plus par personne. On est maintenu à l’extérieur de ce lieu d’accueil et prié instamment de repasser derrière les grilles "parce qu’il y a déjà assez de monde comme ça" déclare une employée. Même la journaliste de l’Union sera assez offusquée de ces pratiques. On restera sur place jusqu’à 14 heures avant les derniers départs en voiture vers les villes voisines et la gare de Reims. Moments difficiles, accolades, embrassades, larmes, adieux et promesses de se revoir, de ne pas se lâcher. Plusieurs mois d’entraide et des liens profonds qui s’achèvent ainsi , une fois encore, sur un trottoir. Lieu finalement symbolique puisque nombre de ces personnes hébergées avaient été rencontrées dans les rues, les parcs, les halls de gare et tous ces lieux où l’on est censés ne pas "exister" réellement.
On a acheté en vitesse du pain et quelques viennoiseries. D. et M. font des aller-retours pour offrir aux bénévoles un café. Eux, au moins, ont compris la valeur "d’accueil" inscrite sur la façade de l’armée du salut. La direction de cet établissement devrait faire le trottoir un peu plus souvent afin de lire et méditer ce message.:Nous devons encore attendre le retour d’une famille embarquée au poste de police pour un contrôle de situation, contacter les réfugiés qui n’étaient pas au foyer et qui ont par conséquent tout perdu, papiers d’identité compris, organiser un garde-meuble pour les bagages "superflus". Par ailleurs de nouveaux arrivants demandent où dormir, il faudra installer une nouvelle tente sur le terrain de foot voisin.

Bilan de l’opération : l’hébergement des demandeurs d’asile est enfin appliqué. Avec plusieurs mois de retard l’Etat applique la loi, rien de plus . On peut se demander pourquoi sont-ils tous transférés dans d’autres villes ? Les familles, les enfants ou adolescents scolarisés devront recommencer à zéro, tisser d’autres liens... ;stratégie d’usure ou saturation du dispositif d’accueil ? Ce foyer vacant auquel le collectif avait restitué sa fonction première sera donc rendu à ses propriétaires et remis sur le marché de la spéculation immobilière. Il avait sans doute également le défaut d’être trop implanté dans le cœur de la ville, trop de visibilité "couvrez cette misère que je ne saurais voir" Les tartufes de la mairie et du foyer rémois vont pouvoir reprendre leurs petites affaires, poursuivre l’obsessionnel ouvrage de technicien de surface en recouvrant tout ce qui peut heurter le regard des nantis et des bien-pensants. Grilles métalliques et dalles de béton ciré, terrasses chics de bar à vins fins délicatement ombragées par des bambous jaunâtres emprisonnés dans des bacs d’un gris sale. Apprécier la vie qui se déroule, simple et tranquille, cultiver l’élégance et jouir de la tranquillité des gens de biens en contemplant le ciel sans nuages, les squares sans enfants et les volets clos des immeubles vides.

Partager cet article

Repost0
8 mai 2019 3 08 /05 /mai /2019 20:44
Urgence Sovkipeu

Des dizaines de personnes en situation de détresse (essentiellement des demandeurs d’asile, parmi lesquels 22 mineurs, dont huit enfants de moins de trois ans et un isolé), logent dans un immeuble réquisitionné d’urgence.

Or, ce jour (7 mai) une lettre du tribunal d’instance a été reçue, ordonnant l’évacuation immédiate des lieux avec menace d’usage de la force publique, sans délai et sous des prétextes fallacieux : troubles du voisinage, alors que rien de tel n’a été signalé ; troubles liés à l’insalubrité, alors que rien de tel n’a été établi et que des enfants vivent sur place ; dégradations, alors qu’aucune dégradation n’a eu lieu et que personne n’est entré dans les lieux pour le constater.

Les personnes se retrouveraient alors sans logement, au mépris de toute forme d’humanité. Elles doivent être relogées dans l’immédiat, conformément au Code de l’Action Sociale et des Familles : "Toute personne sans abri en situation de détresse médicale, psychique ou sociale a accès, à tout moment, à un dispositif d’hébergement d’urgence".

infos sovkipeu@riseup.net

Rassemblement jeudi 9 mai à 19h devant l'hôtel de ville de Reims.

Partager cet article

Repost0
13 février 2013 3 13 /02 /février /2013 13:11

Dans le quartier cheminot de Neufchâtel à Reims, on se rend service entre voisins. Surtout entre ceux qui vivent là depuis plus de 40 ans.

Il y a déjà un moment qu'ICF, l'immobilière des chemins de fer, bailleur de la SNCF, rêve de raser les maisons de cette cité construite en 1923 pour loger les cheminots. Elle en a déjà mis un certain nombre en miettes mais, à cause des locataires qui font de la résistance depuis 5 ans, les choses traînent.

Il y a un an, le directeur de l'agence a déclaré que les personnes qui voulaient absolument rester dans leur maison, pourraient le faire et même qu'un certain nombre de logements seraient conservés et rénovés au titre du patrimoine.

Depuis juillet, les belles paroles semblent oubliées. Les courriers pour inciter les vieux locataires à partir se multiplient. Si ICF avait décidé de mettre la pression pour faire évacuer les lieux plus vite que prévu, elle ne s'y prendrait pas autrement.

Pour la nouvelle directrice de l'agence ICF de Champagne-Ardenne, «J'ai entrepris de poursuivre ce qui a été négocié avec la Ville. Nous avions défini une charte de relogement pour permettre aux locataires de rester dans le quartier aux mêmes conditions financières. Maintenant que nos nouveaux logements commencent à être construits, nous les proposons aux habitants dont la maison doit être démolie. Il ne s'agit pas de pression mais seulement de propositions. Il est faux de dire qu'ils reçoivent des tas de courriers. Il est prévu dans la charte que les locataires reçoivent trois propositions de relogement. On les leur envoie».

Et si des locataires refusent les trois propositions : «On verra au bout de trois refus ce qu'il se passera… On ne va obliger personne. On ne va rien faire par la violence, ni envoyer les bulldozers... On s'adaptera au cas par cas mais encore une fois on travaille en accord avec la municipalité et nous respectons les engagements pris avec elle». Comme de conserver quelques maisons intactes : «Nous allons effectivement en garder deux pour garder le souvenir de la Cité».

«En ce moment les gens reçoivent quasi une lettre chaque semaine. Ils reçoivent aussi la visite d'un agent d'ICF. Il leur fait comprendre que s'ils n'acceptent pas les offres de relogement ils finiront par être expulsés. Une dame de 77 ans a été avisée de la prochaine démolition de sa maison, elle ne veut pas partir. C'est une ignoble pression sur des personnes âgées».

Partager cet article

Repost0
18 mars 2012 7 18 /03 /mars /2012 10:15

La crise, l'augmentation des loyers et l'explosion du nombre de cas de surendettement expliquent une forte hausse, ces dernières années, du nombre d'expulsions locatives. En 2012, selon la Confédération nationale du logement, «plus de 100.000 familles sont potentiellement expulsables».

Après quatre mois de trêve hivernale (du 1er novembre au 15 mars), durant laquelle les locataires ne peuvent être expulsés, la date du 16 mars est synonyme de menace pour de nombreux foyers pauvres.

Selon les chiffres de la Fondation Abbé Pierre, en 2010, 58.739 commandements de quitter les lieux ont été ordonnés (11.000 de plus qu'il y a dix ans). Les expulsions par la force publique ont quant à elles bondi de 10 % en un an (11.670 contre 10.597 en 2009).

Dans le département des Ardennes, 622 foyers ont fait l'objet d'une «enquête sociale» en 2011, selon la terminologie et les chiffres de la préfecture. Sur ces 622 cas, la force publique a été réquisitionnée 62 fois. Elle a procédé, dans les faits, à «six expulsions».

La préfecture précise que «pour chacune de ces situations, des solutions sociales sont recherchées» et que pour les foyers expulsés, «il y a toujours une recherche d'hébergement».

Ces enquêtes comptent trois niveaux : l'assignation en paiement et expulsion, le commandement de quitter les lieux, enfin la réquisition de la force publique. Elles sont menées conjointement par les bailleurs, les huissiers, le conseil général, les mairies, l'Adil, l'Udaf, la CAF, la police et la gendarmerie.

Partager cet article

Repost0