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2 juin 2013 7 02 /06 /juin /2013 12:18

En principe, 3 fonctions sont dévolues à toute forêt française :

-  économique, devant assurer les besoins en bois.

-  écologique, permettant de préserver les équilibres biologiques.

-   sociale, qui doit satisfaire les aspirations du public.

Il y a encore une quinzaine d'années, ces 3 fonctions étaient plus ou moins équitablement respectées. Depuis, le passage de l'office national des forêts (ONF) en EPIC (établissement public à caractère industriel et commercial) et la demande croissante en bois des pays asiatiques, notamment de la Chine, on a assisté à une hausse conséquente des prix du bois.

D'après certains exploitants forestiers, entre 70 et 80% des grumes exploitées dans la région Picardie partent à l'étranger. Seulement 70 000 m3 sur les 550 000 m3 coupés sont transformés localement. Les porte-conteneurs emportent les troncs vers la Chine, le Vietnam ou l'Inde où ils sont transformés avant de nous revenir parfois sous l'appellation "parquet français". La filière bois locale ne profite donc pas de cette production. Il y a une vingtaine d'années, les marchands chinois, bénéficiant d'un pactole financier illimité, ont acheté au prix fort toutes les grumes disponibles (environ 150 euros le m3).

Les exploitants français et européens, privés de matière première, ont mis la clé sous la porte les uns après les autres. Alors en situation de monopole, les asiatiques ont donc continué à acheter les bois, mais cette fois-ci à leur prix (environ 50 euros le m3). Au passage, on rachète les entreprises moribondes afin de mettre la main sur leurs concessions en France, en Europe et aussi en Afrique. On revend ensuite l'entreprise devenue inutile, mettant en même temps pas mal d'ouvriers au chômage. 

Le "rapport GAYMARD" (alors président du conseil d’administration de l'ONF) qui date de juillet 2010, est en vigueur aujourd'hui. Or, il s'avère que ce rapport a été élaboré à partir d'estimations erronées de l'Inventaire National Forestier (colloque interne des 7 et 8 Mars 2011, par le directeur général de l'ONF, Pascal Viné). Sur ces fausses données, la France a engagé une politique forestière fondée sur une augmentation irréaliste et dangereuse des volumes de bois coupés (+ 40% d'ici 2020). L'objectif est de répondre à des équilibres réfléchis uniquement en termes financiers  et, sous prétexte d'économie verte, à fournir de, nouveaux débouchés industriels au travers de projets pharaonique industriels et énergétiques (construction d'une gigantesque centrale à biomasse au cœur de la forêt du Tronçay). “En matière de bois, on a une structure commerciale d’un pays du tiers monde, on exporte des grumes et on importe des meubles ou des planches. Donc c’est vraiment très important de structurer cette filière aval. Il faut moderniser la filière, c’est pourquoi l’ONF peut entrer au capital d’un certain nombre d’entreprises pour les aider à croître

L'Office devant s'autofinancer, il était tentant d'intensifier les coupes afin de s'assurer des revenus substantiels. Il semble actuellement que les 3 fonctions (économique, écologique, sociale) sont hiérarchisées, la fonction économique ayant pris largement le pas sur les 2 autres. Par une exploitation intensive. Elle est passée de 40 000 m3 à 80 000 m3 par an pour la forêt de Saint-Gobain.

Au niveau de la forêt de Saint-Gobain, quelques chiffres sur la période septembre 2011 juin 2012, concernant les martelages (le préalable à la mise sur le marché des bois) :

- Eclaircies : 948 ha ; 32 000 m3

-  Coupes de régénération : 117 ha ; 19 300 m3

-  Ensemencement 60 ha

-  Coupes rases 23 ha

-   Coupes secondaires 24 ha

-  Coupes irrégulières 120 ha ; 7 500 m3

-  Ventes sur pied et ventes en bord de route 6 500 m3 exploités fin 2011 début 2012 dont chênes 1 500 m3, hêtres 1 000 m3,  frênes 400 m3, merisiers 30 m3, châtaigniers 200 m3, divers grumes 900 m3, et 2 500 m3 de houppiers et taillis.

Ce massif perd tout son charme et sa richesse biologique est dramatiquement amoindrie par la multiplication des coupes rases. Une coupe rase, c'est le solde instantané du capital bois. Malheureusement, elle provoque la destruction d'investissements productifs, en faisant table rase des ressources forestières par l'abattage, sans discernement, de tous les arbres en place, quelle que soit leur qualité, leur âge et provoquant le sacrifice d'innombrables arbres d'avenir.

La coupe rase entraîne des effets pervers qui pourraient mettre en péril ce massif. Brusquement mis à nu, le sol subit la pleine lumière du soleil. Sous l'action du rayonnement, l'humus forestier, essentiel pour la fertilité des sols, est menacé de destruction par l'oxydation, entraînant une perte importante en éléments minéraux. Les jeunes plants mis en place sur ces coupes rases se retrouvent rapidement en concurrence avec les herbacées, plantes parfois très envahissantes et qui étaient jusque là contenues par le manque de lumière du sous-bois. Pour limiter cet envahissement, le sylviculteur a recours au girobroyage, extrêmement dangereux pour les insectes, les oiseaux et pour certains petits mammifères. Si le recours au girobroyage ne suffit pas, on utilisera alors des herbicides ou des pesticides dont l'impact désastreux sur l'environnement n'est plus à prouver. Les coupes rases ont aussi un effet dévastateur sur les eaux de ruissellement. En effet, un peuplement boisé en place capte l'eau de pluie pour la restituer sous forme de vapeur d'eau au niveau du feuillage (évaporation ou évapotranspiration). Les coupes à blanc diminuent cette capacité et provoquent un accroissement des eaux de ruissellement, donc de l'érosion, perturbant de manière durable le rôle régulateur des eaux de forêts et occasionnant une dérégulation des cours d'eau.

La multiplication des chemins forestiers, outre le fait qu'ils permettent une pénétration non contrôlée au cœur même du massif, a des effets nocifs sur la forêt. Le drainage, le bétonnage des fossés ont un impact négatif sur le réseau hydrographique. Le fauchage des bords des chemins et des routes ou des parcelles plantées est en totale contradiction avec l'objectif de protection des équilibres biologiques de la forêt dont l'ONF devrait être le garant.

Les débardages se font à l'aide d'engins extrêmement lourds. Le passage répété de ces engins occasionne un tassement des sols forestiers superficiels. Ce tassement est fort préjudiciable à la fertilité de ces sols, ce qui remet en cause la finalité économique de la forêt.

La moindre randonnée se rapproche du parcours du combattant. Innombrables grumes au bord des chemins, sentiers encombrés de branches et défoncés par les ornières, bruits de tronçonneuses incessants, bennes de transports omniprésentes, tout cela n'incite pas à la promenade dominicale.

Seul un changement  radical  pourra éviter la catastrophe.

Une pétition "Sauvons nos forêt" afin de tenter d'influer sur les décisions au niveau national initiée par l’association Une Forêt et Des Hommes se Saint-Gobain est en ligne, pour :

- arrêter de tout passer en bois énergie,

- arrêter de gaspiller la matière,

- arrêter de surexploiter la forêt,

- arrêter de ne rien valoriser sur les ressources de qualité au plan local,

- arrêter de pratiquer des coupes rases de superficie inégalée depuis des décennies,

- arrêter de ne pas respecter les directives Natura 2000,

- arrêter de faire pression sur les agences locales pour réviser les plans d'aménagement à la hausse en terme de volumes produits,

- arrêter de faire pression sur les rédacteurs des " documents d'objectifs " Natura 2000 confiés à l'ONF, pour réviser à la baisse les objectifs de préservation de la biodiversité,

- arrêter de demander presque systématiquement des dérogations à la réglementation " espèces protégées ", afin de pouvoir exploiter dans des zones sensibles au niveau de la biodiversité,

- arrêter de réaliser d'importants investissements en voirie forestière sans aucune étude d'impact préalable,

- arrêter de raccourcir les âges d'exploitations (pas d'arbres de plus de 50 cm de diamètre),

- arrêter de raccourcir les rotations d'exploitation,

- arrêter de favoriser une mécanisation beaucoup plus large et même généralisée à l'ensemble des travaux réalisés en forêt, sans tenir compte de la fragilité des sols.

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