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9 avril 2012 1 09 /04 /avril /2012 09:30

CA 219Façonner l’espace urbain de façon à le rendre gérable et contrôlable par les autorités étatiques est un souci constant des urbanistes et des architectes. L’époque moderne a adjoint à ces malades de l’ordre et de la gestion les adorateurs des nouvelles technologies. Mais pour que ces apprentis sorciers réunis puissent donner leur pleine mesure il faut à la fois le feu vert des maîtres de l’économie et du Capital, et l’action décisive de leurs valets, les «politiques». Et parmi ces derniers les Verts sont candidats aux premiers rangs.

Une ville prévue pour environ 500 000 habitants est en train de naître en Corée du Sud. U-Songdo city, qui ouvrira ses portes en 2014, est le plus gros projet de développement urbain entrepris dans le monde. L’objectif affiché par ses concepteurs et ses investisseurs (30 milliards de dollars !) est d’accompagner les futurs habitants de manière «hyper personnalisée», de rationaliser chaque tâche et de garantir  «bonheur et sécurité à chacun». Dans ce qui se nomme du nouveau concept de Ville ubiquitaire la frontière entre espace public et espace privé disparaît derrière le supposé mieux-être des individus. Comme il se doit, plus écolo que ce projet tu meurs ! Pistes cyclables, taxis fluviaux, métro 0-CO2, toits végétaux et panneaux solaires. L’architecture informatique de la ville, devient aussi importante que son architecture politique. La frontière public-privé disparaît au profit de la santé, de la sécurité et du «bien-être». Pour le gouverner ce territoire sera doté, comme les personnes elles-mêmes, de capteurs reliés en permanence à un ordinateur central, le U-media Center, qui gèrera toutes les données pour le contrôle de l’ensemble des services de la ville.

Plus au sud, en Chine, se construit une ville du même type, Dongtan près de Shangaï, dont le caractère écologique est davantage encore mis en avant. Au cœur du projet, là encore, les puces RFID qui permettent à tout moment d’emprunter un livre à la bibliothèque ou un vélo dans la rue, de prendre le bus ou le métro, de payer un parking ou un restaurant, etc. Un exemple : vous êtes dans la rue et terminez une canette (consignée afin d’être recyclée !) de Coca. Pour vous en débarrasser vous la  jetez dans un conteneur sélectif prévu à cet effet. La canette contient une puce RFID indiquant son contenu, sa valeur, et l’heure à laquelle vous l’avez jeté…  La puce du conteneur enregistre ces données tout comme celles contenu sur votre puce RFID intégrée dans votre bras qui contient toutes les données vous concernant. Ainsi la puce du conteneur enregistrera que vous avez jeté une canette au bon endroit à telle heure et pourra ainsi créditer la valeur de la consigne sur votre compte. Elle pourra aussi, si vous avez jeté la canette dans le mauvais bac, vous coller une amende qui sera défalquée de votre compte. On n’a rien sans rien !

RFID (Radio Fréquency Identification) : il s’agit d’une méthode pour recueillir et mémoriser toutes sortes de données par le biais de marqueurs incorporés dans n’importe quel objet ou être vivant. L’objectif est d’établir une interactivité entre le porteur et un ou des récepteurs centraux qui lisent les données fournies par le marqueur afin de répondre à différents types de demandes ou de besoins (ouverture d’une porte, assistance médicale, objet ou être humain perdu, recherche et enquête policière, localisation d’un service quelconque etc.)

 U-Ville (Ubiquitous) Ville ubiquitaire : Etre partout en même temps ! Le rêve totalitaire de l’Homme devenu Dieu. Pas un recoin de votre vie douteuse, pas une de ces pensées sales que vous tenez secrète n’échappe à Dieu. Mais, comme on le sait, Dieu est mort et les candidats à sa succession ne manquent pas. Parmi eux, bureaucrates et technophiles s’entendent comme larrons en foire et rivalisent de projets d’autant plus facilement que le retour au puritanisme, qui est une marque de notre temps, élève au pinacle la « transparence », pourchasse les zones d’ombre, et déteste que la ligne entre le bien et le mal ne soit pas suffisamment tranchée, bref refuse… l’ambiguité.

Ce serait une erreur de penser que ces projets en cours de réalisation n’existent que dans une lointaine Asie adoratrice des nouvelles technologies où encore dans une Californie écolo-higt-tech. Ce rêve de fusion organique et d’harmonie informatisée entre une ville et ses habitants on le trouve aussi en France paré encore plus clairement de vertus écologiques. Repenser le territoire et l’harmoniser avec les nouvelles technologies est l’ambition de tous les architectes des villes futures d’où qu’ils soient.

Mais pour que ces projets donnent leur pleine mesure il faut que des intérêts communs se rencontrent. Ceux des «penseurs» technocrates et autres malades du contrôle, bien entendu. Mais aussi ceux des politiques et des financiers. Autrement dit que ces «utopies» collent avec les nécessités de faire du profit tout en faisant régner l’ordre. Et c’est bien ce qui se passe. Aussi bien en Corée, qu’à Lille ou à Grenoble, comme nous le verrons, ces projets sont toujours associés à des intérêts économiques supérieures, ceux du Capital (*), davantage qu’à ceux des personnes individuelles elles-mêmes, comme le discours le laisse entendre. Et cette imposture ne peut se réaliser que par une médiation sans équivoque et efficace  de politiques, en Europe en tout premier lieu des écologistes.

Cela fait longtemps que l’imagination d’Orwell a été dépassée par toutes les possibilités qu’offrent les nouvelles technologies. Parmi celles-ci les puces RFID permettent de rassembler à l’infini des informations sur tout et n’importe quoi en même temps qu’elles font frétiller les industriels qui y voient des portes grandes ouvertes sur de nouveaux marchés.

Transportons nous maintenant à Lille.

Gérer rationnellement les habitants d’une métropole est une idée fixe pour tous ceux qui sont à la tête d’une métropole. Et en cela la communauté urbaine de Lille a pris de l’avance. En 2009 elle décidait d’introduire l’usage des puces RFID dans les cartes de transport en commun.

En 2010, le pôle numérique régional du Pas-de-calais lance l’Urban Web Project (UWP) avec le double objectifs de faire naître de nouveaux services destinés aux usagers de la ville, et de stimuler l'innovation et l'expérimentation de services par les entreprises de la filière TIC (technologie de l’information et de la communication) que son pilote chargé de mission depuis 2006, le jeune Alexandre Desrousseaux nomme «démocratie territoriale» au service d’ «une citoyenneté plus participative».

Cette «gestion rationnelle des populations» s’est ensuite vite précisée, il s’est agi d’équiper chaque habitant d’une carte de vie quotidienne dotée d’une puce dite «sans contact».

Ce génial projet n’est pas sorti du crâne d’œuf d’un Guéant où d’un membre du FN mais bien de ceux que l’on peut appeler les socio-technocrates du PS et des écolo-technocrates d’EELV. Pour ces dernier, à la pointe du flicage généralisé, deux personnages peu connus dans l’hexagone : Dominique Plancke (élu aux Transports de Lille Métropole)  et Eric Quiquet (président de la commission Transports du Conseil régional).

Le premier est conseiller régional du Nord-Pas-de-Calais où y préside la commission des Transports. Il a un passé militant chez les Verts comme faucheur volontaire (condamné en 2008) ou bloqueur de train de déchet nucléaire. Conseiller municipal de Lille et adjoint au maire entre 89 et 93 ans il s’est occupé de Lille métropole communauté urbaine pendant dix depuis 2001. Il est maintenant président du CEDIS (centre d’éco-développement et d’initiative sociale qui siège chez Voynet à Montreuil et qui est financé par l’Etat), un cache sexe pour ce qui n’est que le centre de formation des élus verts où il a piqué la place de… Vincent Placé. Titulaire d’un DESS «collectivités locales», il transmet aux jeunes loups du Parti fraîchement élus son savoir faire en matière de gestion municipale, un élément essentiel pour l’ancrage de la formation écologiste.

Le second (dit Riquiquey) est, lui, un véritable professionnel de l’écologie de bureau de la jeune garde écolo-gestionnaire. Il débute sa carrière au cabinet de Marie-Christine Blandin, présidente du Conseil régional du Nord-Pas de Calais (1992- 1998). En 2001, il est élu à la mairie et à la Communauté urbaine où il occupe depuis la fonction de vice-président aux transports et est deuxième adjoint au maire de Lille. Tête de liste des Verts aux municipales de 2008 il est le grand promoteur des puces RFID dans les transports publics. Sa connivence avec Alex Türk, un politicien local de droite lui a bien balisé le terrain puisque ce dernier était le président de la commission nationale de l'informatique et des libertés. Pas de soucis pour Riquiquet de ce côté-là. Normal, le Türk en question a été nominé à plusieurs reprise aux Big Brother awards pour l’ensemble de son œuvre en faveur du contrôle des individus et fossoyeur des libertés individuelles.

S’il s’agit avant tout de gérer les flux dans le métro, dans la foulée il s’occupe aussi des «incivilités». Quiquet a fait mettre en place un  dispositif humain de Prévention médiation de 500 «agents» en contrat d’insertion. Payés «pour être là» avec leur tenue orange, ils «sécurisent». Il fait installer ensuite 1200 caméras dans les couloirs du métro et, cerise sur le gâteau, inaugure la mise sur écoute des voyageurs dans les rames. Quiquet officie dans le métro, Plancke, lui, s’occupe du train en équipant les voyageurs de cette même carte.

Parmi les arguments avancés pour promouvoir le dispositif, on trouve aussi en bonne place la gestion de la fraude (l’exploitant des transports en commun lillois, Transpôle est propriété de Veolia qui possède un fichier des fausses identités et la liste des fraudeurs plus ou moins réguliers et des «clients» mauvais payeurs). Avec RFID chaque contrôleur pourra savoir si, à un moment précis lors d’un contrôle, vous êtes sur votre parcours habituel entre domicile et boulot et à la bonne heure, où si au contraire, pour une raison qui pourrait être louche, vous vous trouver en dehors des clous. Il existera un délicieux «compteur de courtoisie» qui fera immédiatement apparaître le nombre de fois où vous avez été en infraction et avec quel degré de gravité.

Evidemment tout cela s’habille d’un soucis de développement du transport vert  – entendez sans bagnole – et d’un discours sur le «vivre ensemble» permettant à la fois le contrôle de la «loyauté sociale» (entendez contre les «incivilités», ce néo-mot bobo pour désigner la délinquance à traquer) et pour  collecter les données destinées à adapter l’offre à une demande personnalisée. L'avant-gardisme technophile des Verts nous donne un avant-goût concret de la «ville ubiquitaire», de leur Urban Web Project, de la «France augmentée» : elle sera fluide et sous contrôle.

Nous pourrions continuer des pages entières sur ce laboratoire en taille réelle qu’est l’agglomération lilloise mais ce serait donner trop d’importance à ce qui n’est qu’un exemple et laisser entendre qu’il ne s’agit que d’une exception dans le paysage de la gestion de gauche et écolo des villes. Et surtout, le mieux est de se reporter directement à la brochure L'Enfer Vert - Projet pavé de bonnes intentions Ce que nous réservent les écolo-technocrates à partir du cas de Lille Métropole (Tomjo 2011, Badaboum éditions, 14 rue des Tours à Lille), de laquelle la plupart des informations ici résumées sont extraites et qui est un régal.

Côté social nos écolo-gestionnaires savent manier la langue de bois. Lors d’une grève des transports en commun liée à une agression de salariés Quiquet a su caresser tout le monde dans le sens du poil en déclarant «faire confiance à l'intelligence collective des salariés et de la direction de Transpole pour faire redémarrer la machine quand il le faudra». Qu’exploiteurs et exploités s’entendent grâce à leur intelligence, quoi ! Martine Aubry possède là un futur ministre du travail !

L’obsession d’un bureaucrate c’est la gestion… Le rêve saint simonien de passer du gouvernement des personnes à l’administration des choses a irrigué les projets socialistes de toutes les tendances, autoritaires comme anti autoritaires. Seulement voilà, la plupart de ces doctrines avaient sous estimés, voire ignoré, un phénomène que la révolution russe a fait émergé, la bureaucratie. Cette dernière s’appuie sur le précepte saint simonien mais en transformant les personnes en choses. C’est ainsi que le bureaucrate, toujours de bonne foi, peut s’imaginer ou faire croire qu’il ne fait que gérer des choses pour le plus grand bien des personnes.

Le vieux Gorz, pourtant passablement réformiste, avait déjà pressenti que pour cet exercice-là l’écologie pouvait être d’un grand secours : «Les limites nécessaires à la préservation de la vie seront calculées et planifiées centralement par des ingénieurs écologistes, et la production programmée d’un milieu de vie optimal sera confié à des institutions centralisées et à des techniques lourdes. C’est l’option technofasciste, sur la voie de laquelle nous sommes déjà plus qu’à moitié engagés.» (Écologie et Liberté, André Gorz, 1977, éd. Galilée)

Si les U-villes en construction ne sont pas une spécificité asiatique la monté d’une nouvelle génération de bureaucrates verts impliquée dans une vision orwelienne de la ville n’est pas seulement hexagonale.

Les Grünen

Un petit tour outre-Rhin. En mai 2011, pour la première fois dans l’histoire de l’Allemagne, un Vert, Winfried Kretschmann, est élu à une présidence régionale, celle de la région la plus riche du pays, le Bad-Wurtemberg. Le nouvel élu se déclare «ni de droite ni de gauche» mais affirme quand même partager l’orientation «modérée et centriste» du chef local de la … CDU d’Angela Merkel. Ce cousinage avec la droite traditionnelle peut étonner le lecteur français, elle n’est, en Allemagne, qu’un cas de figure très banal. A Berlin le leader de la CDU estime qu’il a suffisamment de points communs avec les Verts pour bâtir un projet de gouvernement. Mais si, depuis 25 ans, les Verts ont accumulés une longue série de co-participation aux différents pouvoirs (y compris fédéral de 1998 à 2005, avec  Gerhard Schroder – SPD), c’est le cas de Hambourg qui est exemplaire à plus d’un titre en ce qu’il nous ramène à la fois à l’inévitable montée des apparatchiks dans un parti dont l’objectif est de faire du chiffre en nombre d’élus et au fantasme gestionnaire urbain qui à conduit à vélo nos «réalistes de la gestion» de l’écologie à visage rural, des Amap, des sandales et des barbes non taillées, au rêve de la planification urbaine, chemise ouverte mais pas débraillée.

Après avoir participé à une coalition dite «rouge verte» avec le SPD, de 1997 à 2001, les Grünen reviennent aux affaires municipales dans une autre coalition dite «noire-verte» avec la CDU, de 2008 à 2010. Ecrasés en 2011 la droite laisse le pouvoir à un SPD disposant d’une majorité absolue sans les Verts qui, pourtant, se sont maintenus électoralement et continuent de faire leur miel de leur proximité avec le pouvoir. Leur gestion commune avec la droite a nourri le lyrisme du chef de la CDU locale, G. Jaecke : «être verts c’est avoir le goût de la vie et c’est une valeur que nous partageons. Nous avons le même souci du lendemain : nous dans le sens chrétien du respect de la vie, et eux, dans le sens plus moderne du développement durable. C’est pourquoi la nécessité d’une politique économique équilibré est mieux reconnue par les Verts que par le SPD». Amen ! Au début de leur législature Verts et CDU se sont entendus pour répondre à la crise financière qui pointait le nez en restreignant les dépenses publiques et en majorant le pris de nombreux services sociaux, comme les crèches, mais surtout en injectant 1,5 milliards d’euros dans les caisses de HSH Nordbank et dans celles du groupe maritime Hapag-Lyoyd. Comme l’a dit M. Jaecke : «Il fallait restaurer un climat de confiance, les Verts l’ont très bien compris».

C’est là l’illustration de ce que Jutta Ditfurth, une cofondatrice des Verts et présidente du groupe parlementaire jusqu’en 1991, a déclaré en quittant le parti la même année, affirmant qu’il était devenu un «parti libéral à vélo».

Katharina Fegebank, la toute jeune Verte du parlement hambourgeois n’a pas ces états d’âme. Elle déclare : «Les questions de sécurité intérieure étaient aux mains de nos alliés conservateurs, mais il n’y a pas eu de problème». M. Jaecke confirme : «nous avions des positions plutôt strictes en matière d’ordre public, mais, après examen, les Verts les ont parfaitement acceptées». Pas étonnant alors qu’une partie des électeurs bourgeois qui forment la base de la CDU soient aujourd’hui tentés par le vote vert nous dit Olivier Cyran dans son article Dans le laboratoire de l’écolo-bourgeoisie paru dans Le Monde Diplomatique d’août 2011 et dont nombre d’informations de cet article sont tirées. Et il souligne que le nombre de voix engrangées par les Verts dans les quartiers populaires sont bien moins élevées que dans les quartiers cossus. Il faut dire qu’un dispositif nommé Hartz (du nom de son papa, directeur des ressources humaines chez Volkswagen et homme de gauche) a réformé le marché du travail sous une mandature de Gerhard Schröder au début du siècle, à laquelle les Verts étaient associés. Sans entrer dans les détails c’est un calque avant la lettre des mesures préconisées par Sarkozy en France récemment : renforcer la lutte contre le chômage volontaire, obliger les chômeurs à accepter n’importe quel emploi au plus vite, bref substituer à l’assistant un salariat sans salaire. Le dispositif s’affine d’années en années jusqu’à récemment fusionner les allocations chômages et les aides sociales et à obliger les allocataires à appeler ce qu’on appelle les «jobs à un euro», à déménager si le logement est jugé trop onéreux…  Un quotidien conservateur a qualifié ces mesures de «coupe la plus drastique dans les aides sociales depuis 1949».

En 2001, Hambourg fut élue «capitale européenne de l’environnement». La double participation des Verts aux affaires municipales (une première fois avec le spd, une seconde avec la cdu) n’y est pas pour rien ! C’est en effet grâce à eux que de formidables réalisations ont pu voir le jour. Ainsi, à Hafen-city (les nouveaux projets de par le monde s’appellent toujours «city» quelque chose), un nouveau quartier pour riche sorti de rien, ils ont obtenu que les noms de rue respectent la parité hommes/femme. Les constructions utilisent des normes environnementales de haut niveau et sont «très créatives» : «Je trouve ça génial pour l’image de la ville » s’enthousiame K. Fagebank. «Même si les prix sont exorbitants» nous prévient Anja Hajduk députée verte au Bundestag de 2002 à 2008, «ce qui nous importait quand nous étions au gouvernement [de Hambourg] c’était d’obtenir la garantie que le quartier soit ouvert à tous les habitants de la ville, qu’ils puissent venir s’y promener». De même pour ce qui concerne la tour Unilever, le roi de la cosmétique et de l’agro-alimentaire, qui est un modèle écologique équipé d’ampoules à basse tension et d’un système de récupération de la chaleur, eh bien figurez-vous que les Verts ont obtenu que «le rez-de-chaussée de la ville soit… ouvert au public». On reste confondus par une une telle stupidité qui ne relève qu’accessoirement d’un programme politique erronée ou d’une trahison quelconque. Il s’agit essentiellement d’une orientation intrinsèquement liée à une appartenance de classe qui n’a plus comme vision du monde que sa propre place de moyenne bourgeoisie intellectuelle au sein d’un système capitaliste qu’elle sert servilement.

Lorsque Norbert Hackbusch qui a quitté les verts écrit à propos de Madame Hajduk : «elle est une représentante typique de ces nouveaux Verts qui ont le vent en poupe dans tout le pays, des gestionnaires pragmatiques, dépourvus de passion et totalement indifférents aux questions sociales», on a l’impression d’y lire une description des nouveaux militants EELV en France (sauf en ce qui concerne le vent en poupe qui fut mais ne semble plus être !). Nous pourrions citer, outre nos deux lillois dont il a été question plus haut, Jean-Vincent Placé en ce qu’il rassemble à merveille tout ce qui les caractérise.

Voilà un quarantenaire devenu sénateur en 2011 qui ne s’est guère embarrassé de militantisme à la base. C’est un parfait apparatchik carriériste. Au sortir de ses études de droit bancaire et d’économie, il trouve du taf comme assistant parlementaire puis comme chef de cabinet de Michel Crépeau. Bien entendu il adhère au parti radical de gauche dirigé par ce dernier. Hélas Crépeau casse sa pipe, Placé ne fait ni  une ni deux et quitte le vieux parti pour adhérer en 2001 aux Verts qui lui semblent avoir plus d’avenir. Il n’a que 32 ans et déjà une longue carrière de politicien derrière lui. En 2002 il devient membre du secrétariat exécutif des Verts. C’est que l’homme grimpe vite. Conseiller régional d’Ile-de-France il cumule des fonctions qui en font un personnage clé dans toutes les négociations du parti. Il a parfaitement compris qu’il n’est guère de partis où on peut grimper aussi vite et aussi jeune dans la hiérarchie. Conseiller politique de Cécile Duflot, c’est lui qui négocie l’accord avec le PS en 2011 qui fait passer sous la table la question du nucléaire. Gageons que si le parti décline, il ira vite voir ailleurs si ses ambitions peuvent s’exprimer plus efficacement.

A noter également que Cecile Duflot, diplômée de l’Essec est… urbaniste. La gestion de la ville l’intéresse davantage que de se cailler les miches dans des actions antinucléaire ou anti LGV. C’est une rapide elle aussi : elle adhère en 2001 et dès janvier 2003, elle est élue au collège exécutif, puis devient secrétaire nationale en 2006. A eux deux, ils tiennent fermement en mains Europe Ecologie-Les Verts (dont les relais médiatiques sont infiniment supérieurs au nombre réel de militants). Le tandem voit loin et verrouille comme il peut l’appareil, dans l’optique d’une candidature à la présidence de la république en 2017 pour l’une et d’un poste de ministre de l’intérieur pour l’autre… à moins que le score aux prochaines présidentielles ne les amène à changer de crèmerie où de stratégie.

De toutes les façons, quelque soit l’avenir électoral du parti, cette nouvelle génération d’écolos technocrate est déjà solidement ancrée dans les lieux de pouvoir et de décision. Elle est une «ressource humaine» indispensable dans un système capitaliste qui mise sur le développement écologique pour rebondir et asseoir plus encore sa domination sur nos vies et notre monde.

A Grenoble, ville s’il en est aux ancienne traditions de dévouement aux nouvelles technologies appliquées à la gestion des villes, les Verts ont voté, avec les socialistes, l’implantation de Minatec, un centre industriel de recherche sur les nano technologies. 2400 chercheurs, 1200 étudiants et 600 industriels et spécialistes du transfert technologique sont  regroupés sur 20 hectares. Dans l’une de ses branches, le Leti, on y traque la moindre application possible de l’introduction de micros et de puces RFID dans tous les matériaux possibles imaginable y compris humain, bien sûr. Pas trace au Leti du moindre questionnement sur l’utilité réelle de ses brevets, le seul objectif est la commercialisation quels que soient les domaines. Si, pour Rabelais, la science sans conscience n’était que ruine de l’âme, elle n’est, pour le Leti et ses supports écologistes qu’enrichissement pour les industriels !

Nano technologies mais aussi macro projets fascinent nos élus Verts higt tech : Il se déclarent contents parce que le Lyon-Turin qui a été décidé «est avant tout une victoire pour le parti des Verts qui a milité pendant 20 ans pour sa réalisation». Quant au fait que la contestation italienne du projet soit aussi le fait de leurs homologues transalpins «il ne s’agit-là que d’un défaut de communication». Autrement dit les habitants du Val Susa n’ont pas compris l’intérêt qu’ils auraient à voir passer 300 trains chaque jour (voir le blog du collectif de lutte contre Notre Dame des Landes). Quant au projet d’aéroport nantais il ne suscite plus de leur part qu’une volonté de débat après avoir montré que leur volonté de rester aux commandes de la ville avec le PS pesait d’un poids plus lourd qu’une opposition déterminée.

Rappelons qu’un peu plus au sud, en PACA, les élus Verts ont se sont prononcé en faveur du futur réacteur nucléaire à fusion froide, l’ITER… en échange de mesures de soutien aux énergies renouvelables. Tout comme à Paris ils participent à la mise en place des Vélibs… financés par JC Decaux.

La disparition progressive de l’engagement sur ce qui pouvait apparaître comme des fondamentaux (le nucléaire, les grands projets) s’opère au profit d’un intérêt grandissant pour les questions de gestion de la ville avec les problématiques sécuritaire et technologies nouvelles qui vont avec. C’est à la fois la meilleure garantie d’un avenir ancré dans les conseils municipaux, généraux et régionaux, et le débouché naturel de la première génération issue des filières environnementales créées dans l’université et qui ne rêvent que de trouver un poste dans les nouveaux postes de chargés de missions ou de conseillers techniques qui ont fleuri ces dernières années dans tous les secteurs de l’aménagement du territoire. Ce processus s’est engagé progressivement dès 1997 lorsque D. Voynet était ministre, s’est poursuivi par une victoire relative aux municipales de 2001. Dès lors le parti est devenu un parti d’élu comme le fut jadis celui des radicaux socialistes. Au sommet des écolos technocrates et bureaucrates aux dents longues et en dessous de multiples «petits élus locaux» naviguant à vue pour conserver leur parcelle de micro-notoriété. Et pour ce faire il fallait bien sacrifier l’écologie de papa ruralisante des communautés et des petites fleurs (nous ne la regretterons qu’à moitié !). Mais exit aussi toute préoccupation sociale et là c’est dommage… pour le parti qui est en train de le payer électoralement (ce qui est réjouissant !).

 Jpd

(*) Ainsi Songdo-city est programmée pour une zone franche où on favorisera l’installation de pôles de recherches et de technologies du futur. Ainsi les sommes colossales investies seront vite rentabilisées pour le plus grand profit des mutinationales

 

 

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