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21 février 2013 4 21 /02 /février /2013 11:23

La France reste le 1er pays européen utilisateur de pesticides et le 3ème au monde en tonnage avec 62 700 tonnes de substances actives vendues en 2011. Malgré le lancement du plan Ecophyto en 2008, et l'objectif affiché de réduction de 50 % des pesticides en 10 ans ainsi que l’exclusion des substances les plus dangereuses, la consommation de pesticides (NODU) a augmenté entre la période de 2009-2010 et la période 2010­-2011 de 2,7% et les professionnels, comme les amateurs ou les consommateurs, sont toujours exposés à des substances pouvant être perturbatrices du systèmes endocrinien, des neurotoxiques ou encore des cancérigènes possibles.

La loi Grenelle I affichait l'objectif d'interdire l'épandage aérien de produits phytopharmaceutiques, sauf dérogations. La loi Grenelle II a réaffirmé l'interdiction d'épandage mais en précisant : «sauf dans des conditions strictement définies par l'autorité administrative pour une durée limitée lorsqu'un danger menaçant les végétaux, les animaux ou la santé publique ne peut être maîtrisé par d'autres moyens ou si ce type d'épandage présente des avantages manifestes pour la santé et l'environnement par rapport à une application terrestre (…)». Des dérogations annuelles peuvent ainsi être accordées par les préfets de département pour les cultures de vigne.

De nombreux éléments et études attestent aujourd'hui de la présence de résidus de pesticides dans notre environnement: dans l'air, l’eau, les sols ... 96 % des cours d'eau testés sont pollués, 50 % des fruits et légumes (non bio) contiennent des résidus de pesticides mais aussi notre corps.

Avec 783 milliers d'hectares pour la vigne en 2011 (dont 33 344  hectares pour l’appellation Champagne), cette culture représente 3,7 % de la Surface Agricole Utile mais elle consomme à elle seule environ 20 % des pesticides (en masse) dont une majorité de fongicides (80 %).

Près de 85 000 exploitations (plus de 15 500 en Champagne) cultivent 780 000 hectares de vigne destinée à la production de vin.

La vigne devrait donc avoir un rôle majeur dans l'objectif de réduction des produits phytosanitaires. Un engagement sur lequel la France est mal engagée puisqu'elle a plutôt augmenté sa consommation ces dernières années.

Le C.I.V.C. (Comité Interprofessionnel des Vins de Champagne) a demandé et obtenu, en 2012 une dérogation afin de poursuivre l'épandage de produits phytosanitaires par hélicoptère sur les parcelles les plus inaccessibles.

"L'économique ne doit pas toujours primer sur la santé"

«La santé des agriculteurs est meilleure que celle du reste de la population française». Les conclusions de l'étude AGRICAN publiée en 2012 passeraient à côté de l'essentiel, car des cancers rares sont surrepresentés chez agriculteurs, notamment les viticulteurs et les arboriculteurs.

Selon un professeur de médecine spécialisé dans la santé au travail, à l'hôpital Sébastopol de Reims, «ce sont les cancers rares qui sont surreprésentés chez les viticulteurs, notamment le cancer du sein (dont 1% concerne des hommes) et le cancer de la prostate. Ce sont des cancers hormono-dépendants. Les pesticides seraient reconnus par l'organisme humain comme étant des oestrogènes (...) Ils joueraient alors le rôle de perturbateur endocrinien». Quatre autres cancers semblent également émerger : le cancer de la peau et des lèvres, "que l'on doit surtout à l'exposition au soleil, mais les pesticides potentialiseraient la nocivité du soleil".  Les tumeurs cérébrales, le cancer du sang et de l'appareil digestif sortent également du lot. En 1995 déjà, un professeur de la faculté de médecine de Besançon, a rendu compte «d'un lien possible entre exposition aux pesticides et cancers du cerveau et de la vessie chez les viticulteurs».

Génération future vient de rendre publique une enquête réalisée dans le bordelais (à Listrac Médoc) appelée APACHE (Analyse de Pesticides Agricoles dans les CHEveux).

25 personnes se sont portées volontaires pour cette enquête, dont 15 salariés de la viticulture. Des molécules cancérigènes, issues des pesticides dans les vignes, ont été retrouvées dans les cheveux des salariés de la viticulture et même des riverains. Les salariés viticoles présentent 11 fois plus de pesticides que la population témoin. Les riverains des vignes, cinq fois plus.

Mais le résultat le plus inquiétant de cette étude réside plutôt dans la nature des produits utilisés. Près de la moitié des molécules retrouvées sont classées comme cancérigènes possibles, 36% sont suspectés d'être des perturbateurs endocriniens. Du Diuron, un herbicide interdit depuis 2003 en France, a même été retrouvé sur l'un des professionnels.

Ce sont des salariés viticoles eux-mêmes qui ont souhaité participer à cette analyse. Leur situation est difficile puisqu'en dénonçant les risques, ils craignent aussi de perdre leur emploi.

L'Inserm travaille également sur une étude sur la santé des salariés de la viticulture, mais dont on attend toujours les résultats.

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Published by lechatnoir51 - dans Santé
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