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17 mai 2013 5 17 /05 /mai /2013 08:52

Couv-CA-230.jpgSOMMAIRE

EDITO      PAGE 3

RÉSISTANCES/ NOTRE-DAME-DES-LANDES

PAGE 5      Aéroport : report des travaux et maintien du projet !

MAUVAIS COUPS

PAGE 5      Restriction du droit de grève pour les salariés des centrales nucléaires

PAGE 7      Pays basque. La mort de Jon Anza : circulez, ya rien à voir

ÉCONOMIE

PAGE 8     La rupture Tanquil (présentation du collectif « tant qu’il y aura de l’argent)

PAGE 9      Des experts en économie nuls en maths ?

BIG BROTHER      PAGE 10

POLICE PARTOUT/JUSTICE NULLE PART

PAGE 12      Pour en finir avec l’« affaire » de Labège

INTERNATIONAL/TUNISIE/RÉVOLUTIONS

PAGE 13      Où en est le processus révolutionnaire en Tunisie ?

PAGE 16      A’ssyan (désobéissance) : interview / présentation

INTERNATIONAL/Italie

PAGE 19      Grillo, un Coluche italien ?

PAGE 22      Deux luttes autonomes où les directions ont dû reculer

EN BREF   PAGE 23

Edito

Profession politique ?

Avec « l’affaire Cahuzac », certains médias feignent de découvrir que les hommes politiques – de droite comme de gauche – peuvent être avides d’argent, fraudeurs ou menteurs. Pourtant c’est loin d’être la première affaire de ce genre et il y en a eu de bien pires. Somme toute, cet individu n’a fait que s’enrichir avec les opportunités que lui donnaient le système : choisir une activité pro- fessionnelle parmi les plus lucratives du secteur médi- cal, probablement recevoir quelques gratifications de la part de laboratoires en échange de services occultes, et enfin dissimuler une partie conséquente de ses revenus pour échapper au fisc. Il y a en France des milliers de personnes dans le monde des affaires qui font de même, à une plus ou moins grande échelle.

Ce qui a sans doute pu choquer certaines âmes sen- sibles, c’est que cet homme soit un homme politique, en plus un socialiste et de surcroît un prétendu modèle de vertu prônant la rigueur économique. Rien d’éton- nant au contraire. Nous savons bien que le but poursuivi par tous ceux qui entendent imposer des sacrifices aux autres, aux travailleurs et aux « assistés » en particulier, ne le font que pour permettre à la classe capi- taliste de s’enrichir encore plus. Comme le déclarait il y a quelques années le milliardaire américain Warren Buffet : "Il y a une guerre des classes, c’est un fait, mais c’est ma classe, la classe des riches qui mène cette guerre, et nous sommes en train de la gagner."

Que ce soit un des responsables socialistes qui prône (en accord avec la quasi-unanimité des responsables de ce parti) des réformes renforçant la sujétion des travailleurs et les cadeaux aux patrons n’a rien pour nous surprendre. Il y a plus d’un siècle qu’a commencé la disparition de l’idéal socialiste dans les rangs mêmes des partis portant ce nom. Et il ne s’agit pas seulement de cas individuels comme Alexandre Millerand, passé de l’extrême-gauche à la droite nationaliste et aux rangs des massacreurs d’ouvriers (voir l’article sur les luttes de mineurs en Moselle). Non, ce n’est pas le dévoiement de quelques individus, mais c’est l’ensemble du parti portant le nom de socialiste qui est adepte aujourd’hui (et depuis des décennies) de l’idéologie libérale (avec des nuances insignifiantes entre les différentes tendances).

Les utopiques penseurs du socialisme naissant, quelques soient les erreurs qu’ils aient pu professer en ces temps, auraient certainement déclaré inconcevable que des socialistes envoient des flics et des militaires contre des personnes défendant une terre contre des bétonneurs (Notre-dame des Landes), interdisent le droit de grève à certains travailleurs (dans le nucléaire), contribuent à l’aggravation du flicage généralisé des po- pulations (Big Brother) - pour ne citer que quelques exemples présents dans ce numéro ce Courant Alternatif.

Qu’est-ce qui a pu causer à ce point un renverse- ment des valeurs ? Pour nous, le fait de l’institution des représentants politiques comme une classe parti- culière destinée à gérer la société est une cause fonda- mentale. A partir du moment où des personnes choisissent de s’instituer représentantes politiques de personnes qui leur délèguent un pouvoir sans moyens réels de le contrôler, ces représentants élus entrent dans un autre monde. Forts de leur légitimité électorale, ils disposent de moyens à la fois relationnels et finan- ciers qui leur permettent de gérer la société (que ce soit au niveau local ou national) de manière à satisfaire leurs intérêts personnels (pas seulement en terme d’argent mais aussi de pouvoir) et ceux de leurs relations (d’affaires ou autres) et, si ça leur chante, de faire le contraire de ce qu’ils avaient annoncé pour se faire élire. Ils sont les professionnels de la politique et ne connaissent d’autre risque que parfois n’être pas réélus, ce qui ne leur ôte pas tout pouvoir puisque la plupart du temps, ils se recasent dans les affaires, la haute fonction publique, les médias...

De la même façon, certains prétendus « experts », en particulier dans le domaine de l’économie, font profession officielle d’expliquer comment va le monde et comment il doit aller. Ils prétendent toujours le faire en toute indépendance et en tenant compte seulement de « réalités incontournables ». Il ne sont généralement que des serviteurs zélés du système capitaliste qui les fait vivre.

A ce compte-là, on voit bien qu’il ne suffit pas de dire « qu’ils s’en aillent tous » et de remplacer les élus cor- rompus par d’autres qui annoncent qu’ils le seraient moins. L’exemple de l’Italie le montre amplement comme vous pourrez le lire dans l’article sur l’émergence de Beppe Grillo et du Mouvement cinq étoiles. Il ne suffit pas non plus de faire une révolution et de nouvelles élections car le nouveau pouvoir sorti des urnes peut se révéler une terrible menace pour les libertés , comme le montre l’exemple tunisien.

Par contre, ce qui peut changer le monde c’est l’émergence de diverses formes d’auto organisation. Cela peut être dans des luttes sociales dans des entre- prises (voir dans ce numéro quelques exemples en Italie), dans des luttes contre les grands projets nuisibles, dans des résistances au quotidien sur les lieux de vie ou contre le flicage des populations (vous en trouverez également quelques exemples dans ce numéro), ou même dans des groupes de résistance par l’action culturelle (voir encore ce qui se passe en Tunisie).

Il y a même parfois des formes d’auto-organisation émanant de groupes sociaux beaucoup plus larges qui peuvent être porteurs d’espoirs de transformations radicales. Nous en avons vu apparaître il y a quelques années au Mexique ou en Argentine. La deuxième partie de l’article sur les Kurdes nous décrit une forme d’organisation des communautés tout à fait intéressante. Cela montre qu’il est possible de faire de la politique (dans le sens noble du terme) au quotidien sans faire de la politique sa profession. Il est plus que jamais néces- saire de porter dans les luttes comme dans la vie quoti- dienne ces idées d’auto-organisation et d’y défendre des valeurs émancipatrices sur le plan économique et sociétal.

Limoges, le 27 avril 2013

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