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14 avril 2014 1 14 /04 /avril /2014 19:57

Entre Meuse et Haute-Marne, l’Agence nationale de gestion des déchets radioactifs s’apprête à confirmer le report de la construction du site de stockage souterrain de Bure.

L’Andra devrait annoncer l’étalement du calendrier qui prévoyait initialement de débuter en 2019 la construction de Cigéo, appellation du stockage proprement dit. Le laboratoire qui étudie le comportement des radioéléments dans le sous-sol argileux de Bure, réputé pour sa stabilité et ses capacités de confinement, fonctionne depuis une quinzaine d’années. Début 2014, l’IRSN (Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire) et l’ASN (Agence de sûreté nucléaire) s’étaient prononcés pour un «redéploiement du projet», estimant le calendrier «trop tendu». «Des preuves supplémentaires doivent être apportées sur la sécurité», avait précisé l’IRSN. Cette demande conforte les réserves émises, en février dernier, par la commission nationale du débat public (CNDP).

Surtout, Cigéo est destiné à accueillir quelque 80 000 mètres cubes de déchets nucléaires : 70 000 à moyenne activité et vie longue (MA-VL) et 10 000 à haute activité (HA). S’ils ne représentent que 3 % du volume total de nos déchets (1 200 tonnes par an), ces 80 000 mètres cubes concentrent 99 % de la réactivité des déchets nucléaires français. Leur durée de vie est de 100 000 ans.

Officiellement, l’étalement du calendrier n’est pas une «surprise» pour l’Andra. «Ces demandes vont dans le sens de ce que nous avions prévu et exprimé avec une mise en œuvre progressive. Le calendrier devra s’adapter aux contraintes industrielles», commente le directeur de la maîtrise des risques à l’agence. Si la mise en service de Cigéo est toujours évoquée en 2025, les autorités de sûreté estiment cependant nécessaire une période transitoire durant laquelle la sûreté des installations devra être testée. Le directeur des risques conteste en revanche l’idée selon laquelle les risques d’incendie dans les galeries destinées à accueillir les colis ont été sous-évalués.

Outre les conditions d’acheminement des déchets ou le risque sismique (également contesté par l’Andra), cette critique est l’une des plus récurrentes. «Si le confinement est assuré, nous devons garantir la robustesse du conditionnement des déchets. Pour le moment, nos projections ont été validées par l’ASN».

Actuellement, l’Andra concentre ses recherches sur les scellements destinés à fermer les alvéoles qui accueilleront les colis. Si elle est confirmée, l’annonce d’une révision du calendrier de Cigéo serait un «moindre mal» pour les partisans de l’enfouissement, comparé à un éventuel revirement du gouvernement. Alors que la France veut s’engager à réduire à 50 % la part du nucléaire dans sa production électrique (au lieu de 78 % actuellement), qu’en serait-il si elle décidait d’abandonner le projet très engagé de Bure, comme le réclamait en 2011 la nouvelle ministre de l’Écologie ?

L’enjeu de ce report probable n’est pas mince. D’abord parce qu’il engage et concerne des sommes considérables. Depuis 2000, le coût du laboratoire et des études qui y sont menées est estimé à plus de 1,5  milliard d’euros, sans compter les quelque 350 millions consacrés au «fonds d’accompagnement» versé par les producteurs de déchets (EDF, Areva) aux collectivités d’accueil. Les conseils généraux de la Meuse et de la Haute-Marne, par exemple, perçoivent chacun 30 millions d’euros par an. Le coût de la construction et du fonctionnement de Cigéo lui-même serait compris entre 13 et… 35 milliards d’euros, selon les évaluations ! Il est vrai que cet investissement s’étalerait sur un siècle, au terme duquel le site serait définitivement fermé (en gros vers 2130 !).

Bure : les déchets radioactifs attendront encore un peu…

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